Cette sourde inquiétude sur l’avenir du monde qui nous étreint est un terrain propice pour l’analyse morale et la réflexion religieuse. Il est une révélation privée qui la symbolise plus que tout autre, c’est celle de la Vierge à Fatima (Portugal), en 1917.
Dans ce que l’Église catholique a déclaré comme une authentique apparition, sans que les fidèles soient pour autant obligés d’y accorder une adhésion de foi, la guerre est décrite comme un fléau que Dieu utilise pour punir le monde.
Les termes exacts utilisés par la Vierge, tels que les trois petits voyants en ont rapporté les paroles sont les suivants : « La guerre (de 1914-18) va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le pontificat de Pie XI en commencera une pire encore. Lorsque vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’Il va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la faim et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père. »
Bien entendu, ces propos sont difficilement compréhensibles pour un homme rationnel. Que les persécutions contre l’Église soient une « punition » pour le monde entre difficilement dans nos catégories mentales. Nous aurions plutôt tendance à la considérer comme une victoire des adversaires de l’Église, plutôt que comme une « punition » envoyée par Celui qui en est le chef. Que la guerre et la faim, des phénomènes dont tant d’êtres humains souffrent, soient considérées comme des punitions nous apparaît comme un sommet d’injustice.
On a l’impression, en lisant la prophétie de Fatima, que la guerre, la faim, les persécutions sont, aux yeux de Dieu, des moyens de corriger des déséquilibres spirituels et moraux graves. C’est peut-être pour les épargner à l’humanité que Jean-Paul II s’est opposé si fermement à la guerre. S’il faut mesurer le danger encouru à la sévérité de la mise en garde, les souffrances qui marquent la guerre contre l’Irak ne seraient qu’une partie de celles qui nous sont réservées. C’est peut-être là l’origine de la sourde inquiétude qui nous étreint. Qu’est-ce qui nous attend encore ?
Mais le mystère de la réponse à cette question apparemment insoluble se dissipe très vite. La réponse est donnée par le récit lui-même. La prophétie chrétienne n’est jamais une fatalité. Elle se marie parfaitement avec la liberté de l’homme.
« Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix (...) Si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix », dit encore le secret de Fatima. Bien pauvre, bien sage secret qui se résume dans des « si ». Car dans l’espace de ce « si » se glisse toute la liberté humaine.
Le secret de Fatima, le véritable, c’est que l’homme crée l’histoire autant qu’il est broyé par elle, et que l’alternative dépend de lui. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse ne sont pas de sombres fantômes cavalant sur des nuages au milieu des éclairs et du tonnerre. Ce sont les conséquences de conduites on ne peut plus humaines. La guerre, la famine, la peste et les catastrophes naturelles, nous en possédons les secrets. Les quatre Archanges de l’Apocalypse pourraient très bien être la justice, la solidarité, la lutte contre les maladies, le respect des lois naturelles.
Le Livre de Jonas est l’un des plus savoureux et des plus clairs de l’Ancien Testament. C’est l’histoire d’une prophétie manquée, du dépit d’un prophète qui, après avoir annoncé un immense châtiment, est démenti par les faits, Dieu ayant renoncé à détruire Ninive, parce que ses habitants ont fait pénitence.
Dans la troisième partie du secret de Fatima, révélé depuis quelques années, un ange apparaît avec une épée de feu dans la main gauche. « L’ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d’une voix forte : Pénitence, pénitence, pénitence ! » Suit une scène où l’on voit un évêque vêtu de blanc s’effondrer sous les flèches qui sont tirées sur lui, prémonition de l’attentat contre le pape de 1981.
Mais le pape vit toujours. C’est toute l’histoire de l’homme et toute l’histoire des rapports entre Dieu et les hommes. La Dame du message, commente Jean-Paul II, semble lire avec perspicacité les signes de notre temps. Des signes qui peuvent se lire aussi bien avec le cœur que la tête. L’appel à la pénitence de Jonas, l’appel à la pénitence de la Dame du message de 1917 demeurent d’actualité. L’homme tient dans ses mains les clés de son destin, et c’est Dieu qui les lui remet : sa liberté.
Fady NOUN


Le bilan de la guerre passe à 2 988 morts selon le ministère de la Santé
Incendie après une frappe de drone près d'une centrale nucléaire aux Émirats
« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin