Tout en admettant la légalité de l’utilisation de ces astuces fiscales, à travers lesquelles le club coté en bourse diminue sa masse salariale, le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, s’est prononcé pour une modification de cette législation.
« Chacun sait que ces suppléments exonérés d’impôts n’étaient pas prévus pour des millionnaires », a-t-il déclaré dans une interview à l’hebdomadaire Der Spiegel paru lundi. « Nous voulons changer la loi. Ça ne peut pas rester comme ça », a-t-il lancé.
La loi fiscale allemande sur les primes de nuit, de dimanche et jours fériés était initialement destinée à compenser le travail pénible, notamment des infirmières et du personnel des transports en commun. Alors que des footballeurs se font tirer dessus à boulets rouges après une défaite, l’édition dominicale du quotidien populaire Bild a attisé la situation en titrant : « Cadeaux fiscaux pour footballeurs millionnaires ».
Aux yeux du chef du gouvernement régional de Bavière, le chrétien-social (CSU) Edmund Stoiber, qui vient d’être réélu triomphalement aux élections bavaroises, il s’agit d’ »un incroyable abus d’une réglementation créée pour des citoyennes et citoyens qui travaillent durement ».
Exemple suivi avec intérêt
Son homologue social-démocrate (SPD) de Rhénanie-Palatinat, Kurt Beck, estime que « les suppléments de nuit et de jours fériés appartiennent aux gens qui doivent vraiment travailler durement ».
Si le monde politique, aussi bien de gauche que de droite, crie au scandale, du moins « moral », l’exemple de Dortmund est suivi avec intérêt par d’autres clubs de la Bundesliga et bénéficie du soutien du manageur du Bayer Leverkusen, Rainer Calmund.
« La Bundesliga a versé 500 millions d’euros à l’État l’année dernière et est l’un des contribuables les plus fiables », a lancé Calmund, critiquant en outre la manière dont on compare infirmières et footballeurs.
De son côté, le président du conseil de surveillance du Bayern Munich, Franz Beckenbauer, estime que « si l’on peut utiliser de tels avantages fiscaux, on devrait essayer de le faire ». D’autres dirigeants du Bayern y sont en revanche opposés.
Dortmund, dont les négociations avec les joueurs sur une réduction des salaires de 20 % viennent d’aboutir, en vue de compenser le manque à gagner entraîné par l’élimination du club de la Ligue des champions, avait auparavant déjà diminué les rétributions.
Parallèlement, le club rhénan payait des primes de nuits et de dimanche bénéficiant d’avantages fiscaux. Les joueurs touchent le même salaire net qu’auparavant, mais le club profite de l’économie d’impôts, réduisant ainsi ses charges salariales.
D’autres sports en Allemagne comme le handball, le basket-ball ou le volley-ball pratiquent ce système depuis longtemps.
Hans Eichel a affirmé que le chancelier social-démocrate Gerhard Schroeder, un grand amateur de football, partageait son point de vue selon lequel « cette situation n’est pas tenable ».
Mais les « gens moins bien payés, pour qui la loi a été initialement adoptée, ne doivent pas pâtir » d’une modification de la législation, a toutefois observé le grand argentier allemand.

