«L’idéal du chancelier de
l’université» de Raja Choueiri
Prolifique auteur et homme de lettres avisé, Raja Choueiri n’est plus inconnu des lecteurs libanais. Après une série d’œuvres placées sous le label «Terroirs littéraires du Liban» où l’on cite volontiers Dhour Choueir ou la paix des pins, Deir el-Qamar et Fakhreddine, Bécharré, Gibran et le gibranisme, Baskinta et Neaimeh ou la nouvelle montagne inspirée, Le pays de Byblos-Jbeil visité par Amine Rihani et Nostalgie, sagesse et folklore selon Anis Freiha, voilà que Raja Choueiri, loin de l’analyse littéraire et de l’essai biographique, tâte du roman. Fidèle à son inspiration au pays du Cèdre, l’auteur fait plonger les racines de sa fiction en terre libanaise et au cœur même de Beyrouth. L’idéal du chancelier de l’université (éditions Felix Beryte – 315 pages) de Raja Choueiri est un regard pertinent et quelque peu interrogateur sur une institution académique célèbre dans notre capitale et la région. Une université centenaire, de beaux bâtiments dispersés dans un jardin à la végétation bien entretenue, une communauté de missionnaires américains, un chancelier désenchanté et mettant en doute le sens d’une vie, des étudiants préoccupés par leurs études mais aussi par le tourbillon de la vie, tout cela s’agite, vit et palpite dans ces pages formant un tableau vivant et coloré où se nouent drames, passions et aspirations secrètes livrées au hasard et à l’imprévisible de l’avenir...
«La vision» de Jean Salmé
Recueil de quelques nouvelles, courtes comme un exercice de style, groupées sous le titre La vision de Jean Salmé. Nouvelles traduites de l’arabe en français par Antoine Rizkallah Mouchati, où l’auteur aborde la fiction à travers des détails puisés au quotidien et inspirés de la vie courante. Six nouvelles au souffle tendre et parfois moralisateur qui portent différents titres. On cite volontiers Thémis, L’indésirable, Le singe, Un écrivain, La résurrection, Une promenade en voiture… Croquées sur le vif, dans une expression simple et claire, ces nouvelles mettent en situations des personnages et des évènements comme pour mieux éclairer ou expliquer le cours d’une vie…
«Kitab al-Sawaii»
de Gérôme Chahine
Préfacé par l’archevêque Georges Khodr, le dernier ouvrage de Gérôme Chahine, Kitab al-Sawaii (93 pages – éditions Dar an-Nahar), est de la poésie d’inspiration religieuse. Mots limpides et pensée vibrante, où Dieu est la source première de ces poèmes empreints d’une certaine lumière mystique. Long parcours de l’auteur, parfaitement à l’aise aussi bien en français qu’en arabe et dont nous citons volontiers certaines de ses œuvres : Maan ala tarik, Al-massihiya wal markaa (La chrétienté et la femme)1975, Et j’aurai un nom (1986), La sagesse arabe (1989) et les traductions en arabe des livres d’Etel Adnan (Sitt Marie-Rose) et d’Albert Memmi (L’image du colonisé et du colonisateur). Avec des mots simples, des images radieuses, un lyrisme à peine contenu, une musicalité soigneusement mesurée, ces poèmes libres de toute prosodie conventionnelle sont presque une prière ardente et un vibrant message de fraternité humaine.
«Adwaa Kachifat»
de François el-Hélou
De la critique mordante enrobée d’humour mais aussi d’un certain vitriol. Critique de la vie culturelle et des travers de la société, voilà ces « lumières » qui se projettent sur plus d’un paysage libanais à travers la plume touchée non seulement par la dérision mais aussi par la poésie de François el-Hélou. Paru aux éditions Dar el-Salwa, son ouvrage intitulé Adwaa Kachifat (Lumières révélatrices), 96 pages, où justement l’auteur met à nu sans ménagement ni tendresse le monde du show-business libanais et égratigne en passant les rouages rouillés d’un système social dominé encore par l’obscurantisme et les tabous. Tonique malgré son allure farfelue. Sans nul doute, un livre de réflexion malgré sa fausse apparence de légèreté.


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