Kamel al-Keylani a déclaré lors de l’assemblée annuelle du Fonds monétaire international à Dubaï que ces réformes marquaient « un progrès important dans les efforts visant à bâtir une économie de marché libre et ouverte en Irak, à promouvoir la croissance future de l’Irak et à accélérer le retour de l’Irak au sein de l’économie internationale ».
Kamel al-Keylani est l’un des 25 ministres désignés le 1er septembre par le Conseil intérimaire de gouvernement irakien (CIG), lui-même formé par les États-Unis en juillet.
« Ce ne sont pas que des propositions, c’est la loi, c’est fait. Tout a été signé samedi », a déclaré un haut responsable américain impliqué dans le processus de reconstruction. Keylani a dit pour sa part que les réformes seraient mises en œuvre dans un « proche avenir ».
Les mesures, qui mettent un terme à trente ans d’emprise de l’État sur l’économie sous le régime de Saddam Hussein et du parti Baas, visent notamment à séduire les pays donateurs qui se réuniront sur l’Irak le mois prochain à Madrid.
Elles prévoient la possibilité pour des investisseurs étrangers d’acquérir 100 % des sociétés dans tous les secteurs hormis celui des ressources naturelles. Les réserves pétrolières irakiennes sont les deuxièmes au monde derrière celles de l’Arabie saoudite.
Horst Köhler, directeur général du FMI, a salué l’initiative comme « un grand pas en avant », ajoutant toutefois n’avoir pas pris personnellement connaissance de cette série de mesures.
« C’est bien qu’ils interdisent l’investissement dans les ressources pétrolières car cela montre que l’Amérique n’est pas uniquement intéressée par le pétrole irakien », a confié le ministre des Finances d’un pays arabe.
Des mesures
de « grande portée »
Keylani, accompagné d’une importante délégation irakienne et de l’Autorité provisoire de coalition dirigée par les Américains, est à Dubaï pour discuter des besoins financiers pour la reconstruction de son pays.
L’Américain Paul Bremer, le chef de l’Autorité provisoire de tutelle, est en revanche absent – il se trouve à Washington –, ce qui a surpris bon nombre de délégués qui s’attendaient à le voir exposer la politique américaine vis-à-vis des éventuels donateurs.
Joe Saba, représentant pour l’Irak de la Banque mondiale, a jugé les mesures de « grande portée ». Il s’est réjoui du fait que le CIG ait approuvé ces mesures, un feu vert jugé essentiel par bon nombre d’investisseurs étrangers.
« Les modalités générales concernant le secteur financier sont particulièrement bienvenues et constituent une fondation majeure pour bâtir une économie de marché saine », a-t-il estimé.
Les réformes comprennent la possibilité pour des banques étrangères d’acquérir des institutions financières locales et la suppression du contrôle des changes. Elles prévoient aussi la pleine indépendance de la Banque centrale. Six banques étrangères obtiendront une autorisation rapide d’opérer en Irak et la possibilité d’acquérir des banques locales dans un délai de cinq ans.
« Nous allons procéder rapidement à une sélection de deux de ces banques. Et nous leur demanderons d’offrir rapidement des prêts », a déclaré un responsable américain.
Les autres banques étrangères seront autorisées à prendre des parts de 50 % dans les banques locales. En vertu de la nouvelle réglementation, le taux maximal d’imposition pour les particuliers et les sociétés passera de 45 à 15 % à partir du 1er janvier 2004. Enfin, un droit de douane supplémentaire de 5 % sera prélevé sur les importations, à l’exception de produits de base comme la nourriture, les médicaments, les vêtements ou les livres. Ces droits serviront à financer la reconstruction.
Concernant les biens immobiliers, les investisseurs étrangers ne pourront pas devenir propriétaires mais pourront obtenir des baux de 40 ans.

