Jason Buchanan, de l’Université Duke à Durham (Caroline du Nord), et ses collègues, ont observé pendant trois ans cinq groupes de babouins cynocéphales ou babouins jaunes (Papio cynocephalus) dans la savane du parc national kényan d’Amboseli et ses environs. S’il est évidemment facile de faire le lien mère-enfant, il est a priori exclu de savoir lequel des mâles est le père de tel ou tel bébé singe puisqu’une femelle en oestrus (« en chaleur ») copule généralement avec plusieurs partenaires. Cependant, en assistant à des bagarres entre jeunes babouins, les chercheurs ont fini par relever que les mâles volaient toujours au secours des mêmes petits, ce qui leur a mis la puce à l’oreille. Ils ont alors décidé de procéder à des analyses génétiques à partir d’échantillons de matière fécale ou de sang et réussi à identifier les pères de 75 jeunes : les papas poules intervenaient bel et bien en faveur de leur propre progéniture. Les pères de la moitié de ces 75 jeunes étaient toujours présents dans leur groupe lorsque les petits avaient trois ans.
Mais comment font-ils pour les reconnaître avec certitude ? Sont-ils à même de distinguer certains traits, voire des gestes particuliers de leur petit ? Ou se basent-ils sur l’identité de la mère dont ils se souviennent avoir eu des rapports plus fréquents en essayant de la « monopoliser » pendant sa période de fécondité maximale ? (Les femelles sont particulièrement réceptives pendant les cinq derniers jours de leur cycle menstruel et le signalent par le degré de gonflement de leur peau sexuelle.) Ou encore repèrent-ils leur petit d’après son odeur ? Quelle que soit la réponse définitive, et qui sera bien difficile à obtenir, il semble bien, selon les auteurs de l’étude, que plusieurs facteurs entrent en jeu simultanément. Ce qui est certain dès à présent, c’est que le rôle du père biologique est chez ces primates beaucoup plus important qu’on ne le pensait.

