Sa défaite en finale face à un autre Américain, Andy Roddick, 6-3, 7-6 (7/2), 6-3, dimanche, n’y a rien changé. Succédant à Agassi, il est le 21e titulaire de la couronne du n° 1 mondial, que le Roumain Ilie Nastase fut le premier à porter en 1973. Avant lui, son compatriote Carlos Moya avait été un souverain éphémère pendant deux semaines, du 15 au 29 mars 1999. Soit le plus court règne après celui de l’Australien Pat Rafter, qui n’avait goûté l’ivresse des cimes que pendant sept jours, un peu plus tard au cours de la même année.
Plus éclectique et désormais mieux assuré de son pouvoir, Ferrero devrait se maintenir plus longtemps à un sommet qu’il a gravi méthodiquement. Il avait sept ans quand son père, Eduardo, lui confia sa première raquette. Neuf ans quand il le présenta à Antonio Martinez, un entraîneur dont la réputation avait débordé les limites étriquées de la petite ville de Villena, dans la province d’Alicante.
Le technicien ne fut pas particulièrement frappé par l’apparence un peu bouffie du gamin ni par ses dons tennistiques. Néanmoins, Juan Carlos quitta son village natal d’Onteniente à l’âge de quatorze ans pour aller vivre chez Martinez. « Il a fallu que j’attende cet âge-là pour me persuader que je pouvais réussir quelque chose d’important en tennis », se souvient-il.
Volontaire, rapide, adroit et intelligent, la disparition de sa mère, Rosario, morte d’un cancer en 1997, aurait pu tout briser. La tristesse de la voir souffrir pendant deux ans et la douleur de la perdre accentuèrent son caractère introverti.
« Il faudrait qu’il s’extériorise un peu », ne cessait de répéter Martinez, préoccupé par son air trop grave pour un jeune homme de son âge. Et par ses fléchissements dans les moments importants, qui avaient fini par lui valoir une réputation de perdant-né.
Cesser d’être un perdant
En 2000, pour son premier Roland-Garros à vingt ans, il menait 2 manches à 1 et avait un break d’avance dans le quatrième set quand il fut battu en demi-finale par le Brésilien Gustavo Kuerten. Deux ans plus tard, il brilla jusqu’à la finale, au cours des deux premières manches de laquelle il ne gagna qu’un seul jeu avant de baisser piteusement pavillon devant son compatriote Albert Costa.
Même scénario, en fin de saison, lors du Masters remporté par l’Australien Lleyton Hewitt, pourtant alors pas très fringant, à ses dépens. Heureusement, il y avait eu en 2000 la première victoire de l’Espagne en Coupe Davis, à laquelle il avait vigoureusement contribué en battant Rafter et Hewitt.
Devenu un héros national, il lui restait à conquérir le monde. Le joueur que l’agonie de sa mère avait rendu maigrichon accepta dans ce but de prendre un peu de muscle sous la conduite de Miguel Maseo, le préparateur physique du pilote de Formule 1 Fernando Alonso.
Briller sur les surfaces rapides devint d’autre part pour lui une obsession. « C’est la seule façon d’atteindre la première place mondiale », se disait-il. La rapidité de ses déplacements, sa vitesse de bras et sa technique très complète allaient l’y aider.
Moins de trois mois après sa victoire à Roland-Garros, la fatigue, son défaut de puissance et les aces de Roddick ont eu raison de lui à l’US Open, où il n’avait jamais dépassé le quatrième tour auparavant. Mais il n’a sans doute pas fini de progresser sous la conduite de Martinez, qui est toujours son entraîneur, en même temps que son second père et son associé.


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