Lors des précédents championnats du monde à Edmonton, au Canada, en août 2001, la France et ses deux médailles de bronze pointaient à la 34e place mondiale, coincée entre la Lituanie et le Mexique. Cinquième dans son jardin, elle rivalise avec des nations autrement huppées au niveau mondial, comme la Suède. Et d’ores et déjà, Bernard Amsallem, le président de la Fédération française d’athlétisme, annonce ses Bleus « en reconquête pour les Jeux olympiques d’Athènes, dans un an ». Plus terre à terre, son directeur technique national, Robert Poirier, grand vainqueur de l’ombre qui « n’a pas encore trouvé le temps de boire le petit lait » de ce Mondial réussi, tempère : « Les prochains Jeux olympiques n’auront pas lieu au Stade de France, formidable moteur et catalyseur pour toute l’équipe de France. Alors, si nous voulons nous fixer un objectif à Athènes, il faut dès maintenant diviser le nombre des médailles par deux. »
À Sydney, en septembre 2000, la France avait hérité d’un zéro pointé. Sa meilleure place avait alors été réalisée par Mehdi Baala, quatrième sur 1 500 m. À Paris, le Strasbourgeois est second sur les talons ailés de Hicham el-Guerrouj, quadruple champion du monde sur 1 500 m. Face à l’euphorie ambiante, Robert Poirier martèle : « La vraie valeur de l’athlétisme français, entre le zéro de Sydney et les sept médailles de Paris, se trouvera sans nul doute à Athènes : au juste milieu. »
Créer des vocations
À Paris, l’équipe de France comptait dans ses rangs 70 athlètes, dont 15 sélectionnés au titre exclusif des quatre relais. Après neuf journées de compétition et au fil de quarante-six finales, les Bleus ont récolté sept médailles : deux en or avec le relais 4x100 m et Eunice Barber à la longueur ; trois d’argent à l’heptathlon avec Eunice Barber, le relais 4x400 mètres hommes et avec Mehdi Baala sur 1 500 m ; deux de bronze avec Marc Raquil sur 400 m et la lanceuse de marteau Manuela Montebrun. L’équipe de France, mélange de jeunes athlètes comme Leslie Djhone ou Manuela Montebrun et d’athlètes très confirmés comme Stéphane Diagana ou Patricia Girard, enregistre aussi sept places de finalistes. Quatre records de France ont été récoltés, deux avec le relais féminin sur 4x100 m, en demi-finales et en finale, un avec Marc Raquil en finale sur 400 m, et un avec le relais masculin du 4x400 m. Enfin deux records personnels ont été rafraîchis par Leslie Djhone en finale sur 400 m et par Eddy Riva sur 50 km marche. Capitaine des Bleus, Stéphane Diagana ne cesse de louer « cette équipe de France qui, de bout en bout, a su faire preuve d’une homogénéité, d’envie et de détermination en plus d’un formidable état d’esprit ». « Je suis fier d’en avoir été le capitaine », a résumé le champion du monde 1997 du 400 m haies. À un an de mettre un terme à sa carrière, « Cap Diag », 34 ans, prie pour que ces championnats soient « une vitrine exceptionnelle » pour l’athlétisme. « Je souhaite qu’ils donnent envie à plein de jeunes de venir s’inscrire dans un club d’athlé », a-t-il dit. Mais Diagana prévient : « Ce n’est pas d’un claquement de doigts qu’ils deviendront des champions. Devenir un champion est le fruit d’un travail de longue haleine. Nous venons d’en vivre la magnifique illustration en écrivant en août 2003 la plus belle page de l’histoire de notre athlétisme. »

