Les deux dirigeants, qui vont débattre pour la première fois de la « feuille de route » ont des approches divergentes.
Pour M. Abbas, alias Abou Mazen, la rencontre a un seul objectif : obtenir l’acceptation par Israël de « la feuille de route », après que le secrétaire d’État américain Colin Powell eut échoué à le faire lors de sa visite de deux jours le week-end dernier. « Après l’échec de Powell, Abou Mazen estime qu’en rencontrant lui-même Sharon, il pourrait obtenir son adhésion à ce plan », a indiqué un haut responsable palestinien.
Israël a émis quinze réserves sur ce plan et aux grandes craintes des Palestiniens, Sharon va essayer de l’amender lorsqu’il se rendra la semaine prochaine à Washington pour y rencontrer le président américain.
Non seulement Israël n’a pas fait un geste de bonne volonté à l’égard des Palestiniens, mais il refuse de geler la colonisation juive dans les territoires palestiniens, une condition figurant pourtant en premier dans la « feuille de route ».
En dépit des efforts de Washington de maintenir en vie ce document et les assurances données par M. Powell qu’il ne sera pas « réécrit » lors de la visite de Sharon à Washington, la crise de confiance s’amplifie.
La rencontre Abbas-Sharon « serait utile si elle est axée sur l’application de la “feuille de route” », affirme Nabil Abou Roudeina, proche conseiller du chef de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat.
« Si Israël a d’autres intentions, la rencontre serait inutile », souligne-t-il.
Apparemment, le Premier ministre israélien a sa propre vision de cette rencontre. Elle serait pour lui une étape formelle avant son entretien avec George Bush considéré comme vital pour la survie de la « feuille de route ».
À l’exemple de Sharon, le ministre de la Défense Shaul Mofaz a critiqué la « feuille de route », ce qui a provoqué la colère des États-Unis qui misent sur la rencontre avec Abbas afin qu’Israël démontre son attachement à ce plan.
Powell a affirmé jeudi que les Israéliens et les Palestiniens doivent se préparer à consentir des concessions mutuelles afin de préparer le chemin de la paix au Proche-Orient.
« C’est le moment pour les deux parties de faire des compromis, car nous ne pouvons pas faire du surplace. Il faut saisir cette opportunité et ne pas la laisser passer », a dit Powell.
Mais Sharon ne semble pas inquiet au sujet de ses discussions aux États-Unis, selon le quotidien israélien Haaretz.
« Sharon croit que son entretien avec Bush sera couronné de succès, comme ce fut la cas pour les sept précédents » qui ont eu lieu ces deux dernières années, écrit le commentateur Aluf Benn.
L’Administration américaine serait, selon certains rapports, prête à examiner 12 des 15 amendements proposés par Sharon.
Ce dernier est convaincu, selon les analystes israéliens, que l’arrêt de la colonisation n’est pas une priorité et que la question de la sécurité doit figurer en premier.
Et Sharon sait qu’à l’approche de l’élection présidentielle aux États-Unis l’an prochain, les proches de Bush lui conseilleront « de ne pas froisser la communauté juive américaine », selon le commentateur israélien.

