La controverse actuelle « n’est pas digne de la Turquie (...). C’est très regrettable », a affirmé M. Gül à la presse avant son départ d’Ankara pour la conférence Euromed entre l’UE et les pays méditerranéens en Crète (Grèce).
Quelques heures plus tard, le chef d’état-major de l’armée, le général Hilmi Ozkok, exprimait toutefois son « inquiétude » concernant de récentes nominations de figures islamistes à des postes-clés de l’Administration par le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, selon des journalistes présents à une conférence de presse restreinte.
« Le général Ozkok a fait part d’inquiétudes générales (...). Il a surtout fait état d’un malaise (de l’armée) concernant des nominations », a affirmé à la chaîne de télévision d’information CNN-Turk le chroniqueur du journal Milliyet.
La conférence, à laquelle n’assistait pas la presse étrangère, faisait suite à une information parue vendredi dans le journal de centre-gauche Cumhuriyet, reprise par d’autres quotidiens, faisant état d’un « malaise des jeunes officiers » quant aux projets de réforme du gouvernement, surveillés de près par l’armée qui se veut le gardien des valeurs républicaines et laïques du pays.
Selon ce quotidien, le général Ozkok aurait fait part, la semaine dernière, au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan du mécontentement de la hiérarchie militaire quant à une radicalisation de l’islam en Turquie, pays musulman au régime strictement laïc.
M. Erdogan a démenti dimanche ces informations.
« Il peut y avoir des nuances sur des opinions, mais il n’y a pas de divergences sur les principes fondamentaux » comme la laïcité et l’indivisibilité de l’État, a affirmé pour sa part le général Ozkok.
Le chef de l’armée s’est également affirmé en faveur d’une intégration de la Turquie à l’Union européenne, mais « à condition que l’unité nationale du pays ne soit pas remise en question », selon Ilnur Cevik, rédacteur en chef du quotidien de langue anglaise Turkish Daily News.
Selon la presse, les militaires craignent que les réformes proeuropéennes à l’étude n’encouragent les mouvements séparatistes en Turquie qui sort à peine d’une rébellion armée (1984-1999) menée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, rebaptisé Kadek) et qui a fait plus de 36 000 morts.
Une nouvelle série de réformes, préparée par le gouvernement mais non encore soumise au Parlement, prévoit notamment la levée de certains obstacles à la liberté d’expression et de religion, et vise à autoriser la diffusion d’émissions en kurde sur les stations de radio et les chaînes de télévision privées.
Le secrétaire général du Conseil national de sécurité, organe au moyen duquel l’armée exerce une influence sur la politique du gouvernement, avait récemment exprimé son opposition à plusieurs réformes envisagées, dont la diffusion de la langue kurde sur des chaînes audiovisuelles commerciales, selon la presse.
M. Gül a relevé pour sa part hier que les informations de presse apparaissaient à un moment où « la Turquie est plus que jamais impliquée dans un processus de rapprochement » avec l’UE.


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