Selon le président du syndicat, Abolghassem Chirazi, les producteurs et les marchands de vêtements féminins ont reçu une note qui leur interdit la fabrication et la vente de « manteaux moulants, transparents, trop courts et montrant le corps ». Cette note a été envoyée après une décision d’un département de la police chargée de surveiller les magasins. Depuis la révolution islamique de 1979, les femmes, iraniennes aussi bien qu’étrangères, et quelle que soit leur religion, sont tenues de porter soit le tchador (un long tissu qui couvre le corps de la femme de la tête aux pieds), soit un foulard et un long manteau. La longueur et la couleur du manteau font souvent office de thermomètre de la société iranienne.
Au début de la révolution, le manteau tombait généralement sur les chevilles et était sombre (noir, marron, bleu foncé, gris). Depuis la première élection du président Mohammed Khatami (1997), les manteaux se sont progressivement raccourcis et de plus en plus de jeunes filles portent aujourd’hui un manteau clair (bleu ciel, rose, blanc, jaune) s’arrêtant à mi-cuisse sur le pantalon. Cette décision survient en période de crispation politique, renforcée par les pressions américaines. Les autorités viennent aussi d’interdire plusieurs milliers de sites Internet, politiques ou pornographiques, avant d’autoriser à nouveau une partie d’entre eux.
Les mesures sociales coercitives ne sont cependant pas inhabituelles au début de l’été. L’alerte passée, elles sont généralement peu suivies d’effet. La note envoyée aux membres du syndicat précise qu’ils disposent « d’un mois pour se débarrasser de ces manteaux ». Les contrevenants seront « poursuivis par la justice », ajoute la note.
La presse iranienne avait fait état d’une autre décision de la police interdisant la vente de certaines lunettes de soleil jugées trop extravagantes. Les jeunes Iraniens, fortement préoccupés de mode, s’affichent volontiers avec des lunettes très « star », aux couleurs et aux contours « glamour ». Depuis deux semaines, les contrôles policiers se sont multipliés dans les rues des grandes villes. Dans la capitale, que les conservateurs viennent de reprendre aux réformateurs aux municipales, de nombreux jeunes ont reçu des « avertissements verbaux » de la part de policiers ou de bassidji (volontaires islamistes). Ces derniers arrêtent surtout les voitures dont les jeunes passagers écoutent la musique trop fort ou portent des vêtements jugés incorrects. Les restaurants et les centres commerciaux ont reçu l’ordre de ne pas laisser entrer les femmes mal voilées, faute de quoi leur fermeture serait ordonnée.
Les contrôles se sont multipliés également en province. Selon un site Internet réformateur, citant un responsable de la police d’Oroumieh (Nord-Ouest), 3 400 jeunes filles et femmes de la ville ont reçu ces derniers jours des « avertissements verbaux » de la part de patrouilles composées de femmes.

