Après avoir assisté il y a quelques années à une présentation des œuvres de l’association à Londres, destinée aux Libanais vivant dans la capitale anglaise, M. Chartouni décide de contacter les représentants de l’Ordre de Malte au Liban et de visiter en personne leurs centres. Impressionné par l’action non confessionnelle, transparente et désintéressée de cette association humanitaire, il n’hésite pas à lui faire une contribution.
Interrogé sur ce que représente pour lui l’hommage que lui rend l’Ordre de Malte, il répond : « Je ne sais pas grand-chose de la médaille qu’on me décerne, mais je considère que ce sont les personnes travaillant sur le terrain qui la méritent plus que moi. » Réputé pour sa discrétion, M. Chartouni est-il un homme qui fuit la couverture médiatique ? « Je n’ai pas d’objection à ce qu’on parle de moi, si ça peut pousser d’autres à suivre la même voie », dit-il. « Mais il est important qu’on sache que je ne poursuis pas quelque objectif caché, politique ou autre. Je viens d’ailleurs rarement à Beyrouth. »
M. Chartouni est né à Zahlé et a quitté le Liban pour les États-Unis à 17 ans pour poursuivre de hautes études. En dépit d’une carrière fulgurante, il n’oublie pas les soirées et les week-ends qu’il a passés au travail pour financer ses études. Ce n’est donc pas un hasard si c’est à la porte de l’AUB qu’il frappe en premier lorsqu’il décide d’offrir une aide à une institution de son pays d’origine.
M. Chartouni refuse toutefois de signer des chèques aveuglément. Il a posé plusieurs conditions à ses boursiers : ils doivent être libanais (sans distinction confessionnelle aucune), se trouver réellement dans le besoin et être doués dans leur domaine d’études. « Du montant de la bourse qui leur est accordée, ils doivent ultérieurement rendre 30% à l’université pour financer les études d’autres jeunes, et travailler dans le campus pour une somme équivalente à 20% de la bourse », poursuit-il. « S’ils refusent de se mettre au travail, c’est qu’ils ne sont pas vraiment dans le besoin : c’est donc un bon test. Et s’ils acceptent et bénéficient de la bourse, cela leur apprendra à lutter dans la vie et à fournir des efforts pour se sortir d’un mauvais pas sans se contenter de se plaindre. »
Une transmission des valeurs, donc, qui lui ont été inculquées durant ses jeunes années au Liban, même si, selon lui, la société a beaucoup changé.
« Il y a trop de pauvreté actuellement au Liban », poursuit M. Chartouni. « Si chacun d’entre nous contribue à l’essor de la société, nous ferions reculer l’obscurité. Mais ce n’est pas tout. Il y a une réalité que l’Occident a compris depuis longtemps : si les riches sont entourés de grande pauvreté, leur aisance ne sera pas de longue durée, et elle ne revêtira qu’un aspect matériel, sans richesse culturelle et sociale. Il faut évoluer ensemble, par le partage, sinon il n’y a pas de réelle évolution. »
S.B.


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