Pour le Premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas, ce développement est l’aboutissement de plus de trois semaines de discussions intensives. La trêve, si elle tient, constituera le premier élément concret de la mise en œuvre de la « feuille de route ». Ce plan stipule, en effet, un arrêt définitif des violences, comme point de départ.
Selon un autre analyste palestinien, le Hamas aurait politiquement mûri et compris la nécessité d’un compromis. « Le Hamas a réalisé que le rapport des forces dans la région avait changé : les États-Unis sont devenus la seule et unique puissance après la guerre en Irak », dit Ibrahim Dakak. Il en veut pour preuve les pressions exercées par l’Égypte, l’Arabie saoudite et Qatar, alliés proche-orientaux de Washington, sur le Hamas et le Jihad islamique pour qu’ils se prononcent pour une trêve. Sur le plan interne, « le Hamas ne pouvait pas se permettre d’être isolé alors que d’autres groupes s’apprêtaient à respecter une trêve », poursuit-il.
Il n’était pas possible de savoir dans l’immédiat si les radicaux islamistes iront au-delà de la trêve temporaire conditionnelle annoncée. « Si le calme devait prévaloir et que les conditions de vie des Palestiniens devaient s’améliorer, idéologiquement, le Hamas perdrait du terrain », estime pour sa part l’analyste Hassan al-Kachef. « Les Palestiniens aspireront à la paix et le Hamas devra choisir entre pragmatisme et idéologie », dit-il. « Le Hamas, selon lui, a peut-être opté pour une pause tactique de trois mois pour réexaminer sa position dans cette optique. »
Responsables sécuritaires et experts estiment en outre que l’exigence israélienne, soutenue par les États-Unis, de démanteler les groupes armés ferait échouer la trêve. « Les désarmer provoquerait des combats interpalestiniens et c’est probablement ce que veut Israël » selon Ibrahim Dakak. « Si le président Bush est sincère dans sa volonté de faire avancer la “feuille de route”, il se démarquera d’Israël sur ce point », dit-il. « Nous ne voulons pas d’une guerre civile. Nous voulons également la paix et la sécurité mais pas au prix de notre stabilité interne », assure pour sa part le chef de la sécurité préventive de la bande de Gaza, Rachid Abou Chbak.
Des centaines de militants
et des sympathisants par dizaines de milliers
Le mouvement radical palestinien Hamas est le principal mouvement islamiste en lutte contre l’État hébreu. Acronyme arabe pour Mouvement de la résistance islamique, le Hamas a été créé au début de la première intifada palestinienne, en décembre 1987, par la confrérie des Frères musulmans. Il s’appuie sur un vaste réseau d’aide sociale et d’œuvres de bienfaisance. Son chef spirituel, cheikh Ahmed Yassine, a été libéré de prison en 1997 par Israël après huit ans de détention, suite à une tentative avortée d’assassinat d’un responsable du Hamas en Jordanie par le service de renseignements israélien (Mossad).
Catégoriquement opposé aux accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne, le Hamas prône la création d’un État islamique « de la mer (Méditerranée) au fleuve (Jourdain) », c’est-à-dire sur l’ensemble de la Palestine du Mandat britannique, ce qui suppose la destruction de l’État d’Israël. Mais il n’écarte pas une trêve (« houdna » en arabe), du type de celle conclue par le prophète Mahomet avec ses ennemis. Une telle trêve pourrait même durer, selon le Hamas, si Israël se retirait de tous les territoires occupés depuis la guerre de juin 1967.
Le mouvement compterait entre 700 et 1 200 militants actifs et des dizaines de milliers de sympathisants, selon certains experts. Sur le plan politique, le Hamas, dont l’influence ne cesse de monter depuis le début de l’intifada au détriment de l’Autorité palestinienne, constitue la principale opposition à celle-ci. Mais ce mouvement a toujours tenu compte de l’état d’esprit de la population palestinienne, qui aspire à une baisse des violences, dans la mesure où les attaques israéliennes cesseraient de leur côté.
Le Jihad islamique, un petit mouvement intégriste dans l’ombre de son aîné
Le Jihad islamique en Palestine est une petite formation intégriste radicale qui agit dans l’ombre de ce mouvement, beaucoup plus important. Comme le Hamas, le Jihad islamique fait partie de l’opposition à l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat et prône la disparition de l’État d’Israël. Son chef, Ramadan Abdallah Challah, originaire de la bande de Gaza, est basé à Damas, où se trouve le quartier général du mouvement.
Créé en 1980 et d’inspiration pro-iranienne, le Jihad est la première organisation intégriste palestinienne à s’être engagée dans la lutte armée.
Elle revendique, à ce titre, le lancement de la première intifada, en octobre 1987, deux mois avant la date retenue par l’ensemble des Palestiniens pour le déclenchement de ce soulèvement populaire. Le 6 octobre 1987, en effet, la mort de quatre membres du Jihad islamique tués dans une embuscade israélienne à Gaza avait provoqué une première vague d’émeutes.
Contrairement au Hamas, le Jihad islamique a une organisation plus compartimentée, de caractère militaire et clandestin.
Le 26 octobre 1995, le prédécesseur du chef actuel du Jihad islamique, Fathi Chakaki, avait été assassiné à Malte par des agents israéliens présumés.
Le Jihad islamique ne compterait que quelques centaines de militants dans les territoires occupés, mais son audience réelle est difficile à jauger.
Les Brigades des martyrs d’al-Aqsa,
liées au Fateh mais largement autonomes
Les Brigades des martyrs d’al-Aqsa, considérées par Israël comme le bras armé du Fateh, jouissent en fait d’une large autonomie au sein du mouvement du président Yasser Arafat. Issues du Fateh, les Brigades sont nées avec le déclenchement de la seconde intifada en 2000, après les affrontements sanglants du 29 septembre sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est. Elles avaient alors promis de « venger les martyrs » de ces affrontements en s’attaquant aux colons et soldats israéliens, ainsi qu’aux Palestiniens accusés de collaboration avec Israël. Depuis, les Brigades ont revendiqué une série d’opérations anti-israéliennes en Cisjordanie contre des colons et des soldats et, de plus en plus souvent, des attaques ou des attentats-suicide en Israël, qui étaient auparavant le monopole des groupes armés islamiques. Elles avaient mené leur première opération-suicide en territoire israélien le 17 janvier 2002. Les communiqués du groupe reflètent la diversité des cellules qui le composent. Certains contiennent de vives critiques contre l’Autorité palestinienne, d’autres proclament une fidélité à sa ligne politique. Des groupes locaux, comme celui opérant à Naplouse en Cisjordanie, rivalisent de radicalisme avec les groupes islamistes. Ce groupe a ainsi déclaré samedi ne pas être lié par la trêve. Des cellules du groupe ont collaboré avec le Hamas dans des opérations ponctuelles. En revanche, en mai dernier, un porte-parole des Brigades du nord de la Cisjordanie s’était félicité de l’acceptation par Israël du plan de paix, dit de la « feuille de route », tout en exigeant l’arrêt des assassinats ciblés d’activistes par l’armée israélienne. Les Brigades sont incluses depuis juin 2002 sur la liste noire des organisations considérées comme terroristes par l’Union européenne.


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