Selon certaines théories, le chromosome Y humain, qui ne peut réparer les gènes endommagés comme les autres chromosomes et a d’ailleurs perdu progressivement plus d’un millier de gènes au cours de l’évolution, serait voué à l’extinction dans quelques millions d’années. « Le chromosome Y est devenu très efficace pour préserver ses gènes importants », soutient au contraire Richard Wilson de l’Université de Washington de Saint-Louis (Missouri), coauteur avec son collègue David Page de l’Institut de Whitehead (Cambridge, Massachusetts) de deux études parues hier dans la revue scientifique britannique Nature.
Les chercheurs détaillent ainsi la séquence génétique complète du chromosome et expliquent comment il préserve ses gènes vitaux. Ces travaux pourraient contribuer à expliquer de nombreux cas d’infertilité masculine. Les recherches sur ce petit chromosome solitaire, pas trop riche en gènes – 78 identifiés, selon Nature – pourraient également servir à expliquer par exemple les différences de vulnérabilité entre les sexes face aux maladies, selon les chercheurs. Tous les autres chromosomes humains, sauf le Y, viennent par paires identiques (un chromosome provenant du père et l’autre de la mère) qui peuvent mutuellement se mettre à contribution pour pallier une anomalie. Les échanges entre ces paires semblables permettent un contrôle des mutations indésirables des gènes, et pour l’espèce, de se débarrasser des gènes défectueux les plus préjudiciables.
La paire déterminant le sexe féminin est formée de deux chromosomes X. La défectuosité d’un gène sur un chromosome peut être compensée par sa copie normale présente sur l’autre. Une des ressources dont se trouve dépourvu le sexe masculin qui a un X et un Y. Mais selon les chercheurs, le chromosome Y humain, comme celui du chimpanzé, a trouvé une astuce pour réparer ses gènes. Il organiserait de nombreux échanges et recombinaisons d’ADN en son propre sein, faute d’autre partenaire. Le chromosome est porteur de plusieurs copies de secours de ses principaux gènes qu’il exploiterait pour établir des corrections et se délester des mutations les plus menaçantes pour son intégrité. Cependant, cette « réparation » peut être entachée d’erreurs et d’accidents – comme la perte d’une partie de l’information génétique – causes de stérilité masculine, selon les chercheurs.

