Dans tous les cas, l’ancien colonel présenté par le pouvoir comme l’instigateur du putsch, Salah Ould Henena, originaire de l’est du pays, n’a pu monter cette opération sans complicités. Radié de l’armée pour avoir parlé politique et critiqué le président Maaouiya Ould Taya dans une caserne, il ne commande ni ne dirige plus aucune unité qu’il aurait pu lever contre le régime.
Comme toutes les structures publiques, l’armée mauritanienne est traversée par tous les courants politiques existant dans le pays, notamment les nationalistes, que des hommes désireux d’en découdre avec le régime tenteront toujours de rallier à leurs projets.
Mais « pour autant que je sache, aucune force politique ne peut être derrière ce coup d’État », a toutefois déclaré hier Moustapha Ould Bedredine, secrétaire général de l’Union des forces du progrès (UFP, opposition). « Je pense plutôt qu’il s’agit d’un mécontentement interne à l’armée », a-t-il ajouté, en estimant que les putschistes pensaient sans doute « trouver dans le climat politique actuel un élément favorable à leur projet ».
Le « climat politique » de ces dernières semaines était en effet plutôt chargé, à cinq mois d’une élection présidentielle à laquelle a prévu de se représenter le chef de l’État sortant, arrivé au pouvoir par un putsch en 1984, élu en 1992 et réélu en 1997.
La police a en outre procédé depuis début mai à des dizaines d’arrestations dans les milieux islamistes, accusés par le régime d’intentions terroristes et d’affiliation à des mouvements intégristes internationaux. Dans le chaos provoqué par la tentative de putsch, les islamistes inculpés auraient d’ailleurs quitté dimanche la prison de Conakry, en même temps que les prisonniers de droit commun.
Début mai, la police avait également interpellé une dizaine de militants de la mouvance baassiste mauritanienne (nationalistes arabes), considérés comme proches du régime irakien déchu de Saddam Hussein. Neuf d’entre eux ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis, notamment pour création d’association non autorisée.
Ces arrestations sont intervenues alors que le régime Ould Taya est engagé depuis la fin des années 90 dans un rapprochement appuyé avec les États-Unis, en particulier depuis les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001. La Mauritanie, tout en étant une république islamique membre de la Ligue arabe, a établi en 1999 des relations diplomatiques avec Israël, s’attirant de violentes critiques et manifestations de la part d’une partie de l’opinion et de l’opposition.


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