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Actualités

Un festival placé sous le signe de la mémoire(photo)

S’il propose une sélection dont les tendances se présentent comme relativement dégagées des préoccupations mondiales du moment, le 56e Festival de Cannes n’en sera pas moins placé sous le signe de la mémoire. La naissance du département d’histoire du festival paraît bien en effet intimement liée à l’histoire en marche. « Face à cette actualité si tragique avant tout pour les victimes de toutes sortes, mais aussi pour la mémoire collective, le festival se devait de repenser son histoire », explique le président Gilles Jacob dans un communiqué, faisant allusion en particulier à la terrible dévastation du musée archéologique de Bagdad, qui a suivi l’entrée des troupes américaines dans la capitale irakienne. Ce département, comme toute institution à valeur conservatoire, est une création destinée aux générations futures. Ces dernières pourront y consulter des « scènes de la vie des coulisses, voire un jour, pourquoi pas, avec l’accord des intéressés, des minutes des délibérations du jury », précise Jacob. La mémoire encore reste le maître mot du festival, lorsqu’il choisit de projeter en numérique, en clôture, Les temps modernes de Charlie Chaplin, dans une version restaurée par la Cinémathèque de Bologne. Ce département est la nouveauté la plus notable de la manifestation, même si ce n’est pas la plus visible, alors que le palais des festivals et la Croisette dans son ensemble grouillent d’une activité fébrile à la veille du lever de rideau. Le festival sera à l’heure de l’histoire contemporaine, aussi, demain jeudi 15 mai, lorsqu’il invitera 13 des ministres de la Culture de la future Europe des 25. Cette « Journée de l’Europe » verra ces derniers débattre le matin avec divers artistes européens des « nouveaux espaces du cinéma européen ». L’après-midi sera consacré à une conférence sur la coopération entre l’Union européenne et les cinémas des pays du Sud (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Mise en bouche Il est habituel que le festival s’ouvre par un film sans conséquence, mise en bouche douce, parfois savoureuse, avant des mets plus consistants. La tradition devrait être respectée avec Fanfan la Tulipe où l’on verra si le virevoltant Vincent Pérez égale le gracieux Gérard Philipe, sous le regard de braise de Penelope Cruz. C’est le lendemain que débutera la compétition : 20 films – moins que d’habitude – se disputeront la palme, heureux élus d’un processus de sélection qui apparaît toujours plus délicat et exigeant au fil des ans. « L’inflation (des films soumis aux comités de sélection) continue », rappelait le délégué artistique du festival, Thierry Frémaux, lors de la présentation de la sélection officielle à la presse le mois dernier. Il est aussi des films dont Cannes veut mais qui ne sont pas prêts dans les délais pour diverses raisons, un phénomène que les organisateurs doivent de plus en plus prendre en compte. C’est ainsi que Quentin Tarantino, Theo Angelopoulos, Jane Campion, Wong Kar-wai ou encore Emir Kusturica, un moment espérés, ne seront pas là. Kusturica sera sur la Croisette mais en tant que président du jury des courts métrages et de la Cinéfondation. C’est aussi parce qu’il n’est pas terminé, que le festivalier ne pourra voir Sarabande, la dernière œuvre d’Ingmar Bergman, prolongement de ses Scènes de la vie conjugale de 1974. Mais tout cela n’implique pas que la compétition soit au rabais : avec des noms tels que Peter Greenaway, Gus Van Sant, Clint Eastwood, Lars Von Trier, Claude Miller, entre autres, il y aura fort à faire. Si ce sont en définitive la compétition et son palmarès qui captent l’attention du grand public et la mémoire en général, la sélection officielle est aussi généreuse en œuvres de valeur sur lesquelles ne pèse pas le poids des joutes. De grands noms, déjà passés par les affres de la course à la palme, ne dédaignent pas d’y montrer leurs derniers travaux, tels Wim Wenders ou Nanni Moretti cette année. Cette sélection officielle hors compétition offrira aussi des films aussi divers que Matrix Reloaded, deuxième volet de la trilogie des frères Wachowski, pour laquelle l’expression de « culte » n’est pour une fois pas galvaudée, Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet, qui rappelle que le festival éprouve décidément un faible pour le dessin animé, ou encore The Mansion by the Lake, de Lester James Peries, un cinéaste de 84 ans. Enfin, la Croisette sera encore une fois lieu de mémoire lorsqu’il s’agira d’honorer les disparus: le producteur Daniel Toscan du Plantier, le cinéaste Maurice Pialat et le « maestro » Federico Fellini. Un hommage tout particulier au cinéma algérien doit être rendu le 18 mai avec la projection de Chronique des années de braise, de Mohammed Lakhdar-Amina, qui obtint la Palme d’or en 1975.
S’il propose une sélection dont les tendances se présentent comme relativement dégagées des préoccupations mondiales du moment, le 56e Festival de Cannes n’en sera pas moins placé sous le signe de la mémoire. La naissance du département d’histoire du festival paraît bien en effet intimement liée à l’histoire en marche. « Face à cette actualité si tragique avant tout pour les victimes de toutes sortes, mais aussi pour la mémoire collective, le festival se devait de repenser son histoire », explique le président Gilles Jacob dans un communiqué, faisant allusion en particulier à la terrible dévastation du musée archéologique de Bagdad, qui a suivi l’entrée des troupes américaines dans la capitale irakienne. Ce département, comme toute institution à valeur conservatoire, est une création destinée aux...