Rechercher
Rechercher

Actualités

CRIMINALITÉ - Un métier pour professionnels aguerris Journalisme d’investigation à la russe

Le journalisme d’investigation n’a pas bonne presse en Russie, où les souvenirs d’affrontements entre hommes d’affaires à coups de « kompromat » (documents compromettants) douteux sont encore vifs, mais une agence de Saint-Pétersbourg, l’Ajour, a réussi à prospérer. Fondée il y a sept ans avec une dizaine de journalistes, l’Ajour en emploie aujourd’hui une cinquantaine et se meut avec succès dans les créneaux parfois tortueux entre le monde du crime organisé et les allées du pouvoir souvent corrompu. Première agence d’investigation journalistique de Russie, l’Ajour a été amenée à travailler sur la plupart des affaires criminelles les plus médiatisées ces dernières années. Ses reporters ont enquêté sur l’assassinat en 1998 de la députée libérale Galina Starovoïtova ou celui du journaliste ukrainien Gueorgi Gongadzé, disparu en 2000. Pour Andreï Konstantinov, fondateur et patron de l’Ajour, ces meurtres – officiellement non résolus – auraient été perpétrés pour des raisons plus pécuniaires que politiques. « La vérité se révèle souvent plus simple et plus horrible que ce que l’on imagine. Mais les gens préfèrent croire d’autres histoires et voir un conte héroïque là où il n’y en a pas », a-t-il assuré à l’AFP. Konstantinov défend l’indépendance de ses journalistes. « On peut nous engager pour enquêter sur une affaire mais il est impossible de nous commander les résultats. Nos clients pourraient alors recevoir des résultats différents de ceux attendus », dit-il. Son code éthique lui permet toutefois une coopération non négligeable avec les forces de l’ordre. La liberté est un mythe En 1999, les journalistes de l’Ajour mettent la main sur l’un des complices de l’assassinat du député local Viktor Novosselov. Ils le remettent à la police après l’avoir interviewé devant la caméra. Plus récemment, l’Ajour remporte un succès important en permettant la liquidation de la bande d’Andreï Telepine, accusé d’avoir tué cinq personnes dont un enfant de 2 ans. La police en conçoit quelque amertume, selon l’agence qui souligne que du coup, les journalistes de l’Ajour ont été accusés d’avoir enlevé un membre de la bande. Mais Konstantinov rejette les reproches de ceux qui l’accusent de violer la déontologie. « L’éthique journalistique ne doit pas contredire l’éthique humaine. Ces gens-là ont privé de vie plusieurs personnes. Est-ce que je devais les laisser circuler ? » s’exclame le patron de l’agence. Certains policiers acceptent ce genre de concurrence. « Je comprends mes collègues en colère contre l’Ajour, mais si les journalistes font parfois notre boulot mieux que nous, tant pis pour nous », commente un enquêteur local sous couvert de l’anonymat. Konstantinov, ex-interprète militaire, spécialiste du Proche-Orient, diplômé de l’Université de Saint-Pétersbourg et auteur des livres à succès Le Pétersbourg des bandits et Le Pétersbourg corrompu, se montre sceptique sur l’idée même d’« indépendance totale ». « La liberté est un mythe. Notre objectif est d’obtenir l’information la plus complète, recoupée de plusieurs sources différentes », affirme-t-il. « Les gens de l’Ajour sont peut-être assez indépendants par rapport à ceux des autres médias, mais dans les limites de ce qui est possible dans notre pays », estime Léonid Kesselman, de l’Institut de sociologie de Saint-Pétersbourg. L’Ajour possède un service d’informations en ligne sur la criminalité (Fontanka.ru) et publie un hebdomadaire, Vach Taïny Sovetnik (Votre conseiller secret).
Le journalisme d’investigation n’a pas bonne presse en Russie, où les souvenirs d’affrontements entre hommes d’affaires à coups de « kompromat » (documents compromettants) douteux sont encore vifs, mais une agence de Saint-Pétersbourg, l’Ajour, a réussi à prospérer. Fondée il y a sept ans avec une dizaine de journalistes, l’Ajour en emploie aujourd’hui une cinquantaine et se meut avec succès dans les créneaux parfois tortueux entre le monde du crime organisé et les allées du pouvoir souvent corrompu. Première agence d’investigation journalistique de Russie, l’Ajour a été amenée à travailler sur la plupart des affaires criminelles les plus médiatisées ces dernières années. Ses reporters ont enquêté sur l’assassinat en 1998 de la députée libérale Galina Starovoïtova ou celui du journaliste...