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CARNET DE NUITS Une goutte de sueur à la tempe

Je suis assise sur des coussins vides et je me souviens. De ces nuits passées ensemble desquelles, finalement, aucun mot n’est sorti. Mais un jour ou l’autre, même si j’ai préféré soi-disant passer le temps, la nuit et la phrase sont bien obligées de se mélanger. Un soir, comme tous les autres. Qui c’est qui est là, qui c’est qui parle, qui c’est qui voit ? Qu’importe, c’est toi, c’est moi, c’est lui, c’est elle. Nous tous. Les gens qui se retrouvent la nuit s’attendent, qu’est-ce qu’il fout, appelle-le toi, à moi il ne répond pas. Numéros qui clignotent, oui j’arrive. C’est mieux que l’orgasme, rentré dans un pantalon bleu, tu marches et tu portes ton arrivée sur tes épaules, dénudées ou non et puis te voilà, unique pour l’instant où le plaisir et ces yeux dans la lumière faible sautent, comme la capsule de ton Almaza. La nuit te découpe adorablement en petits morceaux, c’est réglé comme du papier à musique. La perte peu à peu. Et pourtant, tu ne perds rien, brusquement tu es, avec une petite goutte de sueur à la tempe. Miroirs, main dans la tienne, solitude de ton oreille tout à coup, silhouettes vagues qui imitent chaque bougé de ton corps dans la musique. La perte dans la musique, qu’elle me serre dans ses bras s’il vous plaît, jusqu’à ne plus m’entendre reprendre souffle. Perturbation, jeudi, 2h30. Et là ton œil, le grand allié de l’adoration de l’obscur, te dessert. La greluche anorexique, avec son tee-shirt fendu bien profond sur un sternum aride, à la regarder, elle et son frangin, porter les mêmes lunettes, avec le même crocheton de sourire à la « we are at the right place at the right time », tu te dis bordel, éteignez-moi tout ça. On me tend un verre non identifié, ça va mieux, l’éternel type à lunettes noires passe de très loin tout près de moi. Avec un de mes crocodiles, on rit parce que quelqu’un vient de chuter comme une pierre du tabouret où il dansait comme un ouf perdu. Le rouge change de direction, direction le ciel subitement ouvert. J’ai à peine le temps de me dire que notre génération a été déflorée par la claustrophobie qu’une hallucinante siliconée de luxe avec micro intégré balance de la pop arabe du haut d’une grue – deux grues, c’est un peu trop pour la même nuit. Les anges « technoïdes » se cachent derrière leurs ailes et allument frénétiquement des cigarettes. On crie notre colère derrière le paravent de sons à deux boules douze qu’on nous impose. Luette apparente, la Barbie croit qu’on la chauffe. Une dégueu de bouille, et ça rime, tombée dans le velouté des nuits du Caveau. Les tympans encaissent, les anges pleurent et tombent à genoux sur des verres cassés. Cassez-vous bande de salauds, retournez à Kaslik dans vos clubs à la déco « nineties », avec vos gourmettes sur le poignet et dans la blanche de chez G.W. Avec des coups de pied dans le coccyx, vous et vos envies de mélange des genres, la khabsa du glaucome. La grosse gueulante a gagné. Je rentre chez moi. Dans ma voiture glacée, je prends la route, port à ma droite qui cache la mer, immeubles, baraques déglinguées à ma gauche. Tout va bien, j’ai mes repères. Diala GEMAYEL
Je suis assise sur des coussins vides et je me souviens. De ces nuits passées ensemble desquelles, finalement, aucun mot n’est sorti. Mais un jour ou l’autre, même si j’ai préféré soi-disant passer le temps, la nuit et la phrase sont bien obligées de se mélanger. Un soir, comme tous les autres. Qui c’est qui est là, qui c’est qui parle, qui c’est qui voit ? Qu’importe, c’est toi, c’est moi, c’est lui, c’est elle. Nous tous. Les gens qui se retrouvent la nuit s’attendent, qu’est-ce qu’il fout, appelle-le toi, à moi il ne répond pas. Numéros qui clignotent, oui j’arrive. C’est mieux que l’orgasme, rentré dans un pantalon bleu, tu marches et tu portes ton arrivée sur tes épaules, dénudées ou non et puis te voilà, unique pour l’instant où le plaisir et ces yeux dans la lumière faible...