Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Portugal, Europe de l’Est : les gouvernements qui ont soutenu les États-Unis dans leur volonté de mettre fin par la force au régime de Saddam Hussein en Irak entendent bien maintenant voir leur soutien récompensé par une participation à la reconstruction du pays. Washington a toutefois d’ores et déjà souligné que les contrats seraient attribués à des firmes américaines, et qu’il ne pourrait s’agir pour les autres pays que de sous-traitance. La ministre britannique du Commerce et de l’Industrie, Patricia Hewitt, a non seulement plaidé pour les firmes britanniques mais a aussi, selon un organisme britannique spécialisé dans la reconstruction, obtenu des États-Unis que jusqu’à 50 % du travail de sous-traitance aille à des entreprises non américaines. Cet organisme, qui regroupe quelque 300 sociétés ayant notamment participé à la reconstruction du Kosovo, souhaiterait toutefois que la reconstruction de l’Irak soit coordonnée par une institution internationale, faute de quoi les principaux contrats risquent de tous aller aux États-Unis, estime-t-il. Madrid, de son côté, a d’ores et déjà annoncé que les États-Unis avaient demandé à l’Espagne d’envoyer en Irak des experts notamment en reconstruction des systèmes de distribution d’eau et d’énergie, en maintien de l’ordre public et en gestion des grandes villes, et espère des contrats de sous-traitance dans ces domaines. Le gouvernement italien ne cachait pas quant à lui espérer un poste au sein du gouvernement provisoire chargé d’administrer l’Irak, et menait des discussions avec Washington et Londres à ce sujet. Le vice-ministre de l’Industrie, Adolfo Urso, s’est également dit convaincu que les entreprises italiennes seraient « associées à la reconstruction de l’Irak ». À Lisbonne, l’ambassade des États-Unis a confirmé qu’il y avait « des contacts pour identifier des groupes portugais qui seraient intéressés par des contrats, peut-être en partenariat avec des sociétés américaines », notamment dans le bâtiment, la santé publique, le pétrole, l’environnement et la gestion portuaire et aéroportuaire. Mêmes espoirs et mêmes démarches dans les pays d’Europe de l’Est qui ont publiquement soutenu Washington. Ainsi la Pologne compte bien être récompensée de son soutien particulièrement remarqué, et le gouvernement a lancé un appel à toutes les firmes intéressées, dont plus de 130, essentiellement dans le bâtiment, ont déjà répondu. La République tchèque espère notamment obtenir des contrats pour la reconstruction de l’armée et de la police irakiennes, puisque les Tchèques ont une bonne expérience pour la modernisation d’une armée équipée par le matériel ex-soviétique. À Kiev, on espère des contrats notamment dans les secteurs pétroliers, puisque la société majoritairement d’État Ukrnafta avait déjà participé à la renconstruction pétrolière au Koweït après 1991. La Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie et la Hongrie sont toutes en négociations avec Washington. Du temps du communisme, des firmes de ces pays avaient construit nombre d’infrastructures en Irak. En revanche, ces pays ne cachent pas qu’ils comptent bien récupérer, à la faveur de la reconstruction, les centaines de millions de dollars qui leur sont dus par l’Irak. Seuls Londres et Madrid ont envisagé « un effort » possible sur la dette irakienne, soulignant que l’initiative revenait toutefois aux principaux créanciers – Allemagne, États-Unis, France, Japon, Russie.
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