Les Chypriotes turcs voient avec amertume leurs voisins grecs rejoindre l’UE
le 17 avril 2003 à 00h00
Partagés entre colère et amertume, les Chypriotes turcs suivaient hier, à la télévision, les cérémonies marquant l’adhésion de leurs voisins grecs, vivant dans le sud de l’île, à l’Union européenne. « Je suis vraiment triste. Nous aussi, nous voulions tellement rejoindre l’UE », affirme Fikret Sokullu, un commerçant de 40 ans habitant le secteur nord de Nicosie, dernière capitale divisée au monde. La mine renfrognée, M. Sokullu et ses clients, dans le petit magasin de vêtements, regardaient du coin de l’œil un poste de télévision qui diffusait les dernières informations en provenance d’Athènes où les dirigeants de l’UE accueillaient les 10 nouveaux membres de l’Union, dont la République de Chypre, internationalement reconnue mais représentant seulement la communauté chypriote grecque de l’île méditerranéenne. Une tentative de médiation de l’Onu pour mettre fin à 29 ans de division entre les deux communautés s’est soldée le mois dernier par un échec. Selon les Nations unies, la responsabilité de l’échec incombe principalement à l’attitude intransigeante du dirigeant chypriote turc Rauf Denktash. Ce dernier a rejeté les termes d’un accord proposé par l’Onu et, malgré les manifestations de masse en faveur du traité, a refusé d’en soumettre les termes à un référendum des 200 000 habitants de sa République turque de Chypre Nord (RTCN), État reconnu seulement par la Turquie. « Nous avons raté une grande occasion à cause de Denktash. Même si nous rejoignons l’UE à l’avenir, je ne suis pas sûr qu’on nous offrira les mêmes conditions », estimait Ali Coban, consultant en relations publiques. La Turquie maintient quelque 30 000 soldats à Chypre Nord où elle est intervenue en 1974 pour faire échec à une tentative de coup d’État de nationalistes chypriotes grecs qui voulaient rattacher l’île à la Grèce. Depuis lors, des sanctions internationales contre la RTCN ont laissé son économie en ruine alors que la communauté chypriote grecque s’est enrichie, grâce notamment à l’explosion du tourisme. La RTCN est presque totalement dépendante de l’aide économique et financière de la Turquie. « Le chômage est partout, nos jeunes passent leur temps dans les cafés et les bars. Ils doivent s’expatrier. J’ai envoyé mon fils en Allemagne, mais Dieu sait ce qu’il va y faire », ajoute M. Sokullu. « Si (Denktash) avait rejoint l’UE, notre avenir serait bien meilleur », soupire-t-il. La République de Chypre, qui signait mercredi le traité d’adhésion, doit rejoindre l’UE en mai 2004 et l’Onu a appelé les deux parties à continuer d’ici là à négocier pour tenter de trouver un accord. Le projet de réunification mis en avant par le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan « est toujours d’actualité. Si les deux côtés font preuve d’une attitude constructive, je pense que quelque chose peut être fait. Mais je ne pense pas que notre côté ait la volonté nécessaire », estime Salih Hamitoglu, un représentant en produits pharmaceutiques. D’autres estiment que l’avenir dépend de ce que décidera le « grand frère » turc. Ankara dispose d’une grande influence sur le gouvernement de la RTCN et pourrait voir ses propres chances de rejoindre l’UE fortement compromises si Chypre n’est pas réunifiée dans les 12 mois qui viennent. « Toute la pression est maintenant sur la Turquie. Elle va se retrouver en position de puissance occupante d’un territoire appartenant à l’UE », souligne Ersoy Onbasiogullari, un chômeur âgé de 40 ans. Les Chypriotes turcs ont longtemps estimé que l’intervention militaire turque les avait sauvés des actes de violence perpétrés par les Grecs. Mais aujourd’hui, nombre d’entre eux se demandent si Ankara ne cherche pas tout simplement à maintenir sa présence militaire et son influence politique sur l’île.
Partagés entre colère et amertume, les Chypriotes turcs suivaient hier, à la télévision, les cérémonies marquant l’adhésion de leurs voisins grecs, vivant dans le sud de l’île, à l’Union européenne. « Je suis vraiment triste. Nous aussi, nous voulions tellement rejoindre l’UE », affirme Fikret Sokullu, un commerçant de 40 ans habitant le secteur nord de Nicosie, dernière capitale divisée au monde. La mine renfrognée, M. Sokullu et ses clients, dans le petit magasin de vêtements, regardaient du coin de l’œil un poste de télévision qui diffusait les dernières informations en provenance d’Athènes où les dirigeants de l’UE accueillaient les 10 nouveaux membres de l’Union, dont la République de Chypre, internationalement reconnue mais représentant seulement la communauté chypriote grecque de l’île...
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