«Il n’y a pas à comparer entre Bachar el-Assad et Saddam Hussein. Bachar est populaire alors que l’autre était un boucher », déclare Kamal, un professeur damascène à la retraite de 70 ans, interrogé sur les menaces américaines de sanctions contre son pays. « La Syrie doit être prudente. Mais elle est complètement différente de l’Irak, parce que notre président est différent », ajoute-t-il, interrogé par l’AFP sur un trottoir du quartier chrétien de Bab Touma. Pour un chauffeur de taxi, Ibrahim, 55 ans, « Saddam était un idiot et un criminel. Ici, les gens ne détestent pas leur leader en qui ils voient quelqu’un d’intelligent ». Moralité : « Faisons-lui confiance pour traiter avec les Américains. » Des propos qui, pour sembler convenus et prudents dans une capitale sillonnée par les mouchards des services spéciaux, les « moukhabarat », n’en reflètent pas moins un certain consensus parmi les habitants de Damas. Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a estimé mardi que Bachar el-Assad était un « homme dangereux », parce qu’il faisait de mauvais choix, comme l’illustrerait son pari que la coalition américano-britannique s’embourberait dans sa guerre en Irak. Pour les habitants de Damas qui s’expriment sur le sujet, le régime du Baas syrien n’est pas, malgré sa parenté historique avec celui du Baas irakien qui vient de tomber à Bagdad, ressenti comme aussi incohérent ou coupé du monde par ses propres ouailles que pouvait l’être celui de Saddam Hussein. Un étudiant de la faculté de médecine, Bassam, 23 ans, interrogé devant le campus, renchérit : « Les Syriens n’ont pas peur des menaces américaines. Le président est très fort. Il est pragmatique et sait ce qu’il fait. (Le président américain George W.) Bush ne réussira pas avec la Syrie comme avec l’Irak. » « Alors que Saddam était un fou ignorant », dit-il en guise d’épitaphe sommaire pour le leader irakien. Une question sur ce qu’ils pensent de « la différence entre le Baas irakien et le Baas syrien » posée à des étudiants attendant leur cours sur les marches d’escalier d’un bâtiment universitaire tombe néanmoins dans le vide. Silence gêné. Mais dès qu’il s’agit de la réponse que doit donner la Syrie aux pressions américaines, ils redeviennent intarissables. Faut-il par exemple que la Syrie fasse front au prix d’une guerre ou qu’elle se résigne à des concessions douloureuses sur sa politique vis-à-vis de l’Irak, de la Palestine ou du Liban ? Zein, un étudiant de médecine de 21 ans, répond imperturbable, sans y voir un camouflet à l’honneur national : « Avec le Liban, ce ne sera pas un gros problème si l’armée syrienne le quitte. Nous resterons très proches des Libanais quoi qu’il arrive. » Mohammed, 20 ans, étudiant au département de langue française, se paye même le luxe d’un peu de cynisme : « Nous serons lâches mais raisonnables. » Toutes ces assurances feintes ou sincères quant à la sagesse du jeune chef de l’État syrien, – il a 36 ans –, qui a succédé à son père Hafez en juillet 2000, n’empêchent cependant pas les craintes de s’exprimer. « Quand on entend dire que nous sommes un État terroriste, nous sommes inquiets. Bush n’a d’ailleurs pas besoin de prétexte pour nous attaquer », déclare Darine, 20 ans, étudiante de 1re année en français. Pour un ingénieur de 40 ans, Nabil, « ce qui est arrivé à l’Irak, ça fait peur à tout le monde. Il y a de vrais menaces contre la Syrie ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Il n’y a pas à comparer entre Bachar el-Assad et Saddam Hussein. Bachar est populaire alors que l’autre était un boucher », déclare Kamal, un professeur damascène à la retraite de 70 ans, interrogé sur les menaces américaines de sanctions contre son pays. « La Syrie doit être prudente. Mais elle est complètement différente de l’Irak, parce que notre président est différent », ajoute-t-il, interrogé par l’AFP sur un trottoir du quartier chrétien de Bab Touma. Pour un chauffeur de taxi, Ibrahim, 55 ans, « Saddam était un idiot et un criminel. Ici, les gens ne détestent pas leur leader en qui ils voient quelqu’un d’intelligent ». Moralité : « Faisons-lui confiance pour traiter avec les Américains. » Des propos qui, pour sembler convenus et prudents dans une capitale sillonnée par les mouchards des...