Alors que Londres et Washington pressent Damas de coopérer et de ne pas accueillir de membres en fuite du régime de Saddam Hussein, la Syrie semble constituer pour le moment une cible plus politique que militaire pour les États-Unis, selon des experts britanniques. D’après un chercheur du centre d’analyse londonien RUSI (Royal United Services Institute for Defence Studies), Daniel Neep, le gouvernement du président George W. Bush est probablement peu désireux de partir en guerre contre un autre pays. L’opposition à la guerre à travers le monde, les critiques contre Washington qui empêchent l’Onu de jouer un rôle central en Irak, les difficultés militaires et la constitution d’une autorité intérimaire, « cela est plus que suffisant pour les dissuader de s’attaquer à un autre pays », estime Daniel Neep. Pour Toby Dodge, un universitaire spécialiste du Proche-Orient, il faudrait que les dirigeants syriens « soient soit suicidaires, soit idiots pour laisser pénétrer sur leur territoire des personnalités (irakiennes) alors qu’ils savent qu’ils sont à portée de canon de Donald Rumsfeld ». Au contraire, il trouve le régime de Damas « très malin et astucieux ». La priorité américaine est désormais de stabiliser l’Irak, souligne William Hopkinson, un expert du RIIA (Royal Institute of International Affairs) de Londres, pour qui une intervention militaire contre la Syrie provoquerait « une réaction vraiment violente des pays musulmans, et ce serait compréhensible ». Willian Hopkinson partage l’analyse de Toby Dodge et souligne que la Syrie dispose déjà d’armes de destruction massive. « C’est connu depuis longtemps. Son voisin Israël possède des armes de destruction massive, donc la Syrie a plutôt de bonnes raisons d’en avoir pour des raisons de sécurité nationale, particulièrement quand ce voisin occupe une partie de son territoire », estime-t-il. Michael Clarke, chercheur à l’International Policy Institute, pense que les États-Unis cherchent « à fixer des limites (à la Syrie) », veulent « que la Syrie adopte une position claire » et un marché pourra alors être conclu : si la Syrie cesse de soutenir le groupe armé libanais Hezbollah, Israël pourra en échange faire des concessions dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient. Le Hezbollah et la menace qu’il fait peser sur Israël sont la principale inquiétude de Washington concernant la Syrie, affirme Michael Clarke, d’autant que la Syrie a coopéré à la lutte antiterroriste menée par les États-Unis. « On ne peut pas considérer ce régime comme hostile. Bien sûr, il y a des zones d’ombre, mais comme dans tous les pays de la région, analyse William Hopkinson. Bachar el-Assad semble déterminé à promouvoir des changements positifs dans son pays. Toutefois, jusqu’ici, il n’a pas eu beaucoup de temps pour transformer le régime.»
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