L’homme propose et Dieu dispose. Dans un étrange accès de modestie, Hariri affirme qu’à « son avis personnel », qui n’est pas du tout une « position officielle », les Trente restent tels qu’en eux-mêmes une quasi-éternité les change. Pourquoi ce pronostic de simple observateur, pourquoi cette retenue de propos de la part d’un responsable concerné au premier chef ? Parce que, bien évidemment, il ne s’agit pas de jeter de l’huile sur le feu d’un incendie que l’on tente de couvrir sous des braises de bons sentiments télécommandés. En clair : Damas ne veut pas d’embrouilles et tient absolument à ce que les dirigeants libanais affichent un minimum d’entente de façade. Il n’est donc pas question, pour l’heure et pour Hariri, d’indisposer en haut lieu. Or, c’est de notoriété publique et tous les visiteurs de Baabda le confirment, le président de la République est désormais favorable au changement d’un cabinet qui a failli. Ce qui, au dire alambiqué des loyalistes bon teint, se traduit par des répercussions négatives pour un régime auquel on pourrait reprocher de couvrir le fiasco gouvernemental. Plus simplement, comme le note un opposant, Baabda songe toujours à modifier en sa faveur les rapports de force. En changeant le cabinet, on pourrait, idéalement, larguer Hariri. Et si l’on n’y parvenait pas, vu qu’il est demandé par les décideurs, on lui rognerait les ailes. Dans la nouvelle équipe, il ne disposerait plus d’une majorité de décision. C’est un peu le même rêve que caresse le troisième sommet du triangle isocèle, Nabih Berry. Hariri lui a proposé récemment de mettre Ghazi Zeayter et Ayoub Hemayed à la place de Mohammed Abdel Hamid Beydoun et de Ali Abdallah. Mais le chef d’Amal, qui vient comme on sait de radier les deux ministres, a refusé tout net. Pourquoi ? Parce qu’il préfère voir les Trente déguerpir au plus tôt. Or un remaniement leur redonnerait une bouffée d’oxygène. Mais en haut de l’en-haut, c’est-à-dire ailleurs, on confirme qu’on n’a pas du tout envie de se livrer au petit jeu des amusettes. Et qu’on a d’autres chats à fouetter, notamment du côté américain, que de brandir le martinet pour discipliner de turbulents matous libanais dont chacun veut prendre la place, et la pâtée, de l’autre. Autrement dit, doucement les basses, pas de crise ministérielle autorisée pour le moment. Les ministrables, saisis d’une frénésie d’ôte-toi de là que je m’y mette, devront patienter. D’autant que, selon ses visiteurs, le chef de l’État, tout en critiquant en détail les prestations peu glorieuses de certains ministres, reconnaît que l’heure du changement n’a pas sonné. De son côté, Berry aurait récemment reçu, selon des sources fiables, des reproches émanant des décideurs. Qui estiment, d’après ces personnalités, que le mouvement Amal a commis un impair en rendant publique la radiation de ses deux. Parce que, du même coup, c’est une déclaration de guerre à un gouvernement auquel, pour le moment, on ne doit pas toucher. Sensible sans doute à ce message, Berry a annulé la réunion qu’il tient chaque mercredi avec des députés. Pour ne pas avoir à discuter avec eux de la question ministérielle. Dans le même sens, ses fidèles ont essayé de rectifier le tir, en faisant courir le bruit dans les salons que la divulgation de l’affaire des ministres, dont la mise sur la touche remonte à plusieurs semaines, n’avait pas du tout pour but de titiller l’Exécutif. Du côté de Koraytem, les partisans de Hariri affirment qu’il y a toujours de l’eau dans le gaz en ce qui concerne les rapports avec Baabda. Ils précisent que Hariri, pour sa part, ne souhaite pas du tout l’escalade. Il espère que les relations avec Baabda resteront sous contrôle, dans une atmosphère courtoise sinon détendue. On continue donc, c’est connu, à geler les sujets qui fâchent, comme le cellulaire ou les nominations diplomatiques. Et tant pis si le pays y perd, en sous et en crédit. À propos du portable, les proches de Cardahi affirment qu’il subit toujours les effets d’une campagne haririenne de critiques ou d’objections à ses projets. Les loyalistes bon teint ajoutent que dès lors on peut mettre en doute l’intention proclamée par Hariri de ne pas envenimer la situation. La réponse indirecte de l’intéressé a été de demander audience personnelle à Baabda, pour montrer que tout pouvait bien se passer côté relations. Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’homme propose et Dieu dispose. Dans un étrange accès de modestie, Hariri affirme qu’à « son avis personnel », qui n’est pas du tout une « position officielle », les Trente restent tels qu’en eux-mêmes une quasi-éternité les change. Pourquoi ce pronostic de simple observateur, pourquoi cette retenue de propos de la part d’un responsable concerné au premier chef ? Parce que, bien évidemment, il ne s’agit pas de jeter de l’huile sur le feu d’un incendie que l’on tente de couvrir sous des braises de bons sentiments télécommandés. En clair : Damas ne veut pas d’embrouilles et tient absolument à ce que les dirigeants libanais affichent un minimum d’entente de façade. Il n’est donc pas question, pour l’heure et pour Hariri, d’indisposer en haut lieu. Or, c’est de notoriété publique et tous...