La comédie musicale Chicago, partie grande favorite des Oscars avec 13 nominations, marque le renouveau d’un genre moribond, relancé l’an dernier déjà par le grand succès de l’extravagant «Moulin Rouge» de l’Australien Baz Luhrmann. «Chicago va peut-être danser jusqu’aux Oscars, mais c’est Moulin Rouge qui lui a ouvert la voie, en amorçant un spectaculaire retour de la comédie musicale après tant d’années de désamour », explique un spécialiste hollywoodien, Tom O’Neil. « Une grande partie du succès de Chicago est due au fait que beaucoup de gens n’ont pas compris Moulin Rouge, dit-il. Avec Chicago, le public peut enfin renouer simplement avec son goût pour le genre. » Pour la presse spécialisée, le succès de Chicago, un film de Rob Marshall plus consensuel, sur la rivalité de deux chanteuses de boîtes de nuit sur fond de meurtres et de passions dans les années 20, devrait ouvrir la voie et permettre de produire d’autres comédies musicales qui sommeillent dans des cartons. Univers post-MTV Après avoir régné en maître dans les années 1950 et 1960, avec des films aussi universels que An American in Paris, Singing in the Rain ou Sound of Music, ce genre était tombé en désuétude depuis les années 1970. Le dernier grand succès de comédie musicale remonte à Cabaret, sorti en 1972, qui, comme Chicago, était centré sur un spectacle de music-hall. Depuis, toutes les tentatives ont échoué au box-office, notamment la version filmée du spectacle Evita, avec Madonna dans le rôle-titre, en 1996. Pour les universitaires, le genre a simplement eu du mal à se moderniser, alors que parallèlement l’industrie musicale était envahie par l’arrivée massive sur des chaînes comme MTV de vidéo-clips accompagnant les chansons, modifiant ainsi le rapport du public à la relation musique/image. « Dans les années 50 ou 60, les chansons étaient perçues comme une expression de joie, ce qui semble très vieillot et démodé dans l’univers post-MTV d’aujourd’hui », estime Michael Hackett, professeur à la Los Angeles School of Theater, Film and Television. Avant Moulin Rouge, un frémissement s’était déjà fait sentir avec le film décalé des frères Coen O Brother en 2000, dont le récit était entrelardé d’intermèdes musicaux cocasses. Mais ce film n’a pas été perçu comme une comédie musicale à proprement parler. Alors que le monde s’attend à une guerre en Irak et s’inquiète du terrorisme, le renouveau du genre ne correspond pas pour autant à un désir d’évasion comparable à celui qui avait envahi l’Amérique pendant la Deuxième Guerre mondiale, selon les experts. « Chicago est tout de même un film noir, où il est question de meurtres, de relations conflictuelles, et la musique ne fait que donner du relief à ces questions plutôt que de les alléger », insiste Michael Hackett. Et même si Chicago redonne ses lettres de noblesse au genre, les spécialistes pensent qu’il ne retrouvera jamais son âge d’or des années de la guerre froide. « Mes étudiants détestent ce genre », dit Leo Brady, professeur à l’université USC de Los Angeles. « Chicago rend l’exercice plus digeste parce que ses personnages chantent et dansent sur scène plutôt que dans la rue ou le métro, mais je ne pense pas que des films comme ceux de Fred Astaire ou Gene Kelly vont connaître pour autant une nouvelle jeunesse. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La comédie musicale Chicago, partie grande favorite des Oscars avec 13 nominations, marque le renouveau d’un genre moribond, relancé l’an dernier déjà par le grand succès de l’extravagant «Moulin Rouge» de l’Australien Baz Luhrmann. «Chicago va peut-être danser jusqu’aux Oscars, mais c’est Moulin Rouge qui lui a ouvert la voie, en amorçant un spectaculaire retour de la comédie musicale après tant d’années de désamour », explique un spécialiste hollywoodien, Tom O’Neil. « Une grande partie du succès de Chicago est due au fait que beaucoup de gens n’ont pas compris Moulin Rouge, dit-il. Avec Chicago, le public peut enfin renouer simplement avec son goût pour le genre. » Pour la presse spécialisée, le succès de Chicago, un film de Rob Marshall plus consensuel, sur la rivalité de deux chanteuses de...