La prochaine arrivée en Israël de quelque 20 000 juifs éthiopiens, troisième vague d’immigration en provenance de ce pays après celles de 1984 et 1991, suscite des controverses liées à des doutes sur leur judéité ainsi qu’aux difficultés de leur intégration. Au lendemain du feu vert donné par le gouvernement à cette immigration, les quotidiens israéliens énuméraient hier les problèmes que l’arrivée de ces juifs éthiopiens pourrait engendrer. « Il n’y a pas de budget pour leur intégration », écrit en une le supplément hebdomadaire du quotidien Yediot Aharonot. Cette arrivée « créera des problèmes sociaux et économiques importants », avertit-il. Le ministre israélien de l’Habitat, Nathan Chtcharansky, a indiqué que cette opération n’était pas dans l’intérêt d’Israël et pourrait ouvrir les vannes de l’immigration à d’autres juifs originaires de pays pauvres. « Nous devons mettre un terme à ce processus tout de suite. Je crains qu’Israël ne devienne une terre d’asile pour des immigrants du tiers-monde dont il n’a pas besoin », a déclaré le ministre cité par le même journal. M. Chtcharansky a fondé le parti russophone Israël B’Alya pour promouvoir l’immigration de quelque 800 000 juifs de Russie au début des années 90. Les juifs d’Éthiopie ont vécu séparés pendant des siècles des autres communautés juives de la diaspora. Le rabbinat israélien a tardivement reconnu leur judéité et deux ponts aériens, en 1984 et 1991, ont permis l’émigration de 80 000 d’entre eux en Israël. La décision de dimanche porte essentiellement sur l’immigration en Israël de 17 000 membres de la communauté des Falachmoras, des juifs éthiopiens convertis de force au christianisme et qui assurent que le « droit au retour » qui permet à tout juif dans le monde de s’installer en Israël s’applique à leur communauté. Le rabbin Menachem Waldman, qui a joué un rôle-clé dans l’immigration des Falachmoras éthiopiens, a minimisé le problème, déclarant au quotidien Maariv que le gouvernement et l’Agence juive avaient établi des listes limitées et précises de ceux qui seraient autorisés à s’installer en Israël. Mais, « au ministère de l’Intérieur, il y a des craintes que le projet ne réussisse pas, notamment à cause du manque de moyens financiers et de logements », selon le Yediot. Les Éthiopiens vivant en Israël se plaignent d’être « victimes de discrimination » et de ne pas avoir accès aux mêmes services que les autres Israéliens. Aucune indication n’a été fournie sur les mesures prévues pour l’hébergement des nouveaux immigrants, mais certains rapports révèlent qu’ils seront immédiatement conduits dans les territoires occupés afin de renforcer la politique de colonisation du Premier ministre Ariel Sharon. Quelques centaines d’Éthiopiens arrivés durant les vagues d’immigration précédentes vivent toujours dans les colonies juives de Cisjordanie et de la bande de Gaza, d’où de nombreux colons d’autres origines ont fui à cause de la recrudescence de la violence. Cependant, les colonies pouvant accueillir de nouveaux flux d’immigrants étant essentiellement religieuses, l’arrivée d’Éthiopiens, dont le lien avec le judaïsme fait l’objet de polémiques, risque d’y être mal acceptée. Les juifs éthiopiens arrivés précédemment en Israël, communauté essentiellement rurale, ont dû franchir un énorme fossé culturel et ont connu une intégration difficile dans la société israélienne, en dépit d’une aide massive du gouvernement. Ils souffrent notamment du chômage et de préjugés raciaux. Le gouvernement a indiqué dimanche qu’une commission ministérielle sera mise sur pied pour superviser la nouvelle opération d’immigration, qui pourrait n’intervenir que dans plusieurs mois.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La prochaine arrivée en Israël de quelque 20 000 juifs éthiopiens, troisième vague d’immigration en provenance de ce pays après celles de 1984 et 1991, suscite des controverses liées à des doutes sur leur judéité ainsi qu’aux difficultés de leur intégration. Au lendemain du feu vert donné par le gouvernement à cette immigration, les quotidiens israéliens énuméraient hier les problèmes que l’arrivée de ces juifs éthiopiens pourrait engendrer. « Il n’y a pas de budget pour leur intégration », écrit en une le supplément hebdomadaire du quotidien Yediot Aharonot. Cette arrivée « créera des problèmes sociaux et économiques importants », avertit-il. Le ministre israélien de l’Habitat, Nathan Chtcharansky, a indiqué que cette opération n’était pas dans l’intérêt d’Israël et pourrait ouvrir...