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L’invitation de Moubarak à Sharon contestée par une majorité d’Égyptiens

L’invitation du président Hosni Moubarak au Premier ministre israélien Ariel Sharon à une rencontre en Égypte est loin de faire l’unanimité parmi les Égyptiens, peu disposés à accueillir une personnalité qualifiée par la presse de « boucher » aux « mains tachées du sang palestinien ». « Non, M. le Président, ne lui serrez pas la main. Ne mettez pas votre main dans celle de ce meurtrier », appelle Moustafa Bakri, rédacteur en chef de l’hebdomadaire al-Osboue, qui consacre sa première page à ce sujet dans un article intitulé : « Avant que le boucher ne souille notre sol. » Ce journal, pourtant proche du gouvernement, publie aussi un photomontage présentant le visage de M. Sharon accolé à une tête de cobra. M. Moubarak a confirmé cette semaine qu’il avait invité M. Sharon à une rencontre en Égypte pour donner une nouvelle impulsion au rôle d’intermédiaire que joue Le Caire dans le processus de paix israélo-palestinien, actuellement bloqué. « Maintenant qu’Ariel Sharon a gagné les élections, j’ai trouvé approprié de le contacter, de traiter avec lui d’une nouvelle manière et je l’ai invité à nous rencontrer à Charm el-Cheikh (Est) après la formation de son gouvernement, pour examiner les moyens de sortir de l’impasse, de revenir sur la voie du dialogue et des négociations », avait déclaré M. Moubarak. Le lieu de la rencontre, Charm el-Cheikh, n’est pas indifférent, relèvent les observateurs. La station balnéaire est en effet isolée, à la pointe du Sinaï, et permet des conditions de sécurité idéales, à l’abri de toute manifestation de protestation. « C’est un terroriste et un vampire, non un homme d’État ou un homme normal avec qui vous pouvez parler de paix », poursuit Moustafa Bakri. Affirmant que son « cœur a flanché » à l’annonce de cette rencontre, M. Bakri craint que cette visite « ne profite qu’à Sharon » et ne serve qu’à « le sortir de son isolement et à lui ouvrir le chemin d’autres capitales arabes ». « Cette ouverture vers Sharon ne prouve-t-elle pas à la société sioniste que le recours à la force, la violence et l’intransigeance sont l’unique moyen de forcer les Arabes à accepter la politique israélienne du fait accompli ? » s’interroge-t-il. Dans l’hebdomadaire al-Arabi, le journaliste nassérien Gamal Fahmy s’interroge, lui aussi, sur les raisons qui ont poussé le gouvernement égyptien à « se jeter soudainement dans les bras du boucher Sharon et à pleurer sur sa poitrine souillée du sang de nos proches ». La réaction n’est pas moins virulente dans la rue cairote. « Cette visite est inacceptable », affirme Hamdi Chahine, professeur à la faculté des sciences de l’Université du Caire. « Les idées de Sharon sont connues et elles ne changeront pas. Il vient nous tendre une main souillée du sang de nos frères en Palestine », lance-t-il. Le Premier ministre israélien est « un bon analyste des positions des gouvernements arabes et cherche à profiter de leurs limites politiques », estime-t-il. « Il sait que les dirigeants (arabes) ne peuvent que négocier, comme ils l’ont avoué eux-mêmes. Quant à l’opposition de la rue, il sait également qu’il y a un seuil que les services de sécurité ne permettront pas de dépasser », poursuit-il. « C’est dégoûtant, c’est de la prostitution », s’indigne Hanaa el-Mufti, 19 ans, étudiante à l’Université du Caire. « C’est une humiliation », déplore Abdel-Latif Mohammed, étudiant en polytechnique. « Le sang coule de ses mains et il prétend nous les tendre pour proposer la paix », ironise-t-il. Il s’étonne que M. Moubarak ait pris une telle initiative, « alors qu’il refuse de rencontrer (le dirigeant palestinien) Yasser Arafat, le principal concerné par la question palestinienne ». « Sharon vient pour prendre, pas pour donner », ajoute-t-il. « Il vient prendre notre honneur. »
L’invitation du président Hosni Moubarak au Premier ministre israélien Ariel Sharon à une rencontre en Égypte est loin de faire l’unanimité parmi les Égyptiens, peu disposés à accueillir une personnalité qualifiée par la presse de « boucher » aux « mains tachées du sang palestinien ». « Non, M. le Président, ne lui serrez pas la main. Ne mettez pas votre main dans celle de ce meurtrier », appelle Moustafa Bakri, rédacteur en chef de l’hebdomadaire al-Osboue, qui consacre sa première page à ce sujet dans un article intitulé : « Avant que le boucher ne souille notre sol. » Ce journal, pourtant proche du gouvernement, publie aussi un photomontage présentant le visage de M. Sharon accolé à une tête de cobra. M. Moubarak a confirmé cette semaine qu’il avait invité M. Sharon à une rencontre en Égypte...