La déroute du Parti social-démocrate (SPD) du chancelier allemand Gerhard Schröder aux élections régionales de Basse-Saxe (Nord) et de Hesse (centre-Ouest) va l’obliger à composer avec l’opposition conservatrice dans une sorte de grande coalition n’osant pas dire son nom. Le SPD a connu « l’une de ses plus amères défaites », et « la responsabilité principale en revient au gouvernement et à moi-même », a reconnu hier le chancelier lors d’une conférence de presse, excluant toutefois sa démission. Pour ce premier test électoral depuis la reconduite il y a une centaine de jours de son gouvernement, la sanction est sans appel. La défaite est particulièrement amère pour Gerhard Schröder en Basse-Saxe, qu’il a dirigée pendant huit ans : les sociaux-démocrates y enregistrent le pire score de leur histoire (33,4 %). En Hesse, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) atteint la majorité absolue en terme de sièges, sous la houlette de Roland Koch, un ultraconservateur au ton désormais policé, qui se verrait bien chancelier en 2006. Mais les raisons de cette débâcle historique sont à chercher à Berlin. « Les grands débats n’ont pas été lancés depuis les élections législatives » remportées de justesse en septembre par les sociaux-démocrates et les Verts, indique le politologue Juergen Falter, résumant l’avis des observateurs. Le gouvernement, qui a multiplié les hausses d’impôts pour juguler un déficit public calamiteux – 3,7 % du PIB en 2002 – et semble assister impuissant à la montée ininterrompue du chômage – 4,225 millions de sans-emploi en décembre – n’a jamais été aussi impopulaire. Parallèlement, le refus catégorique du chancelier d’engager son pays dans une guerre en Irak n’a visiblement pas payé, contrairement à ce qui s’était passé pour les législatives. L’analyse des résultats montre en outre un changement structurel : les jeunes ont massivement voté pour la CDU, tandis que le SPD a perdu 25 % de son électorat ouvrier. Les deux « petits » partis de la scène politique allemande, les Verts et les Libéraux, ont chacun amélioré leur score. Mais les débats sur les réformes se tiendront entre les deux grands « partis populaires » : le SPD, premier groupe parlementaire au Bundestag, la Chambre des députés et la CDU/CSU, qui dispose désormais de 41 sièges sur 69 au Bundesrat, la Chambre haute où siègent les régions. La CDU veut « collaborer » et « apporter sa voix », a assuré hier la présidente de la CDU, Angela Merkel, qui a promis de ne pas bloquer le travail législatif entre les Chambres. Le chancelier « accepte cette proposition », a répondu l’intéressé qui envisage de rencontrer la chef de file des conservateurs. « Nous arrivons à une grande coalition informelle », entre les deux grands partis, analyse le politologue Juergen Falter. La seule vraie coalition gouvernementale entre SPD et CDU remonte à 1966-1969, sous le chancelier Kurt-Georg Kiesinger, avec le social-démocrate Willy Brandt comme vice-chancelier. « 2003 sera l’année des réformes », promet la direction du SPD dans un texte adopté hier. Les priorités : la santé, les retraites, le marché du travail, la réforme fiscale et l’immigration. Autant de domaines où le chancelier devra désormais arbitrer entre les exigences des syndicats, son assise électorale traditionnelle et la nouvelle majorité absolue au Bundesrat.
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