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ESPACE «Astronautes en chambre»

Des volontaires restés allongés durant trois mois à l’Institut de médecine spatiale de Toulouse (sud-ouest de la France) ont commencé à raconter leur long périple horizontal et immobile destiné à étudier les effets de l’apesanteur sur le corps humain en vue des futurs vols spatiaux de très longue durée. En deux vagues successives en 2001 et 2002, vingt-cinq de ces « astronautes en chambre » sont restés allongés pendant 90 jours sur un lit incliné, la tête plus basse que les pieds, pour simuler la microgravité. « C’est une expérience unique en Europe », explique le docteur Anne Pavy Le Traon, qui a coordonné les travaux pour les agences spatiales européenne (Esa), française (CNES) et japonaise (Nasda). « Notre objectif est d’étudier les phénomènes d’atrophie musculaire et de réduction de la densité osseuse causés par l’impesanteur, dit-elle, et surtout de valider des contre-mesures pour lutter contre ces effets. » Même si les premières études scientifiques ne seront dévoilées qu’au prochain Salon du Bourget en juin, quelques résultats préliminaires ont d’ores et déjà confirmé l’efficacité de l’exercice physique pour réduire l’atrophie des muscles. Même succès pour un médicament destiné à prévenir l’ostéoporose utilisé contre la fragilisation des os. Atterrissage douloureux « Mais au-delà de ces éléments, le plus intéressant a été de constater que les programmes de réadaptation ont permis aux volontaires de retrouver leur capacité physique d’avant l’expérience », relève pour sa part le docteur Jacques Bernard, chargé du suivi quotidien des « cobayes ». Après trois mois d’alitement, tous les patients ont connu, comme tous les voyageurs de l’espace, un « atterrissage » douloureux en reprenant la marche. « Certains en ont même souffert pendant plus d’un mois et ont eu du mal à retrouver l’intégralité de leur forme, reconnaît le Dr Bernard, même si aujourd’hui tous ont retrouvé une vie physique normale. » « Je n’ai pas pu marcher pendant quatre jours tellement j’avais mal », raconte l’un des volontaires, David Cheyroux. « C’est vrai qu’au début j’ai eu très mal aux pieds et très mal au dos, renchérit l’un des ses compagnons de chambre, Jean-Michel Montmasson, mais la première sortie à l’extérieur, la nature, je m’en souviendrai toute ma vie. » Car beaucoup plus que des batteries de prises de sang, électrocardiogrammes et autres scanners auxquels ils ont été soumis pendant des mois, des contraintes physiques ou même de l’ennui, tous les volontaires ont reconnu avoir surtout souffert de leur isolement. Au point d’avoir envisagé, à un moment, de jeter l’éponge. « Le plus difficile, ça a été le manque de relations avec l’extérieur », note François Frézard. « Quand mon amie a eu des problèmes de santé, je me suis vraiment senti complètement impuissant et ce fut assez dur », confie de son côté David Cheyroux. Quant à Jean-Michel Montmassin, il avoue avoir « eu du mal avec la nourriture. Pas de chocolat, pas d’alcool, c’était difficile. » « Il n’y a pas eu d’effondrement ou de bouleversement grave pendant ou après l’expérience, se félicite Bruno Deswaen, chargé du suivi psychologique des cobayes. Tous les petits pépins ont finalement été surmontés. » Au point que certains ont indiqué qu’ils auraient pu supporter l’expérience quatre ou cinq mois. Encore très, très loin des deux ans et demi que pourrait durer un voyage vers la planète Mars...
Des volontaires restés allongés durant trois mois à l’Institut de médecine spatiale de Toulouse (sud-ouest de la France) ont commencé à raconter leur long périple horizontal et immobile destiné à étudier les effets de l’apesanteur sur le corps humain en vue des futurs vols spatiaux de très longue durée. En deux vagues successives en 2001 et 2002, vingt-cinq de ces « astronautes en chambre » sont restés allongés pendant 90 jours sur un lit incliné, la tête plus basse que les pieds, pour simuler la microgravité. « C’est une expérience unique en Europe », explique le docteur Anne Pavy Le Traon, qui a coordonné les travaux pour les agences spatiales européenne (Esa), française (CNES) et japonaise (Nasda). « Notre objectif est d’étudier les phénomènes d’atrophie musculaire et de réduction de la densité...