La France a durci le ton en évoquant pour la première fois au cours des dernières heures un possible recours au veto au Conseil de sécurité de l’Onu, au cas où les États-Unis persistent à vouloir imposer une solution militaire à la crise irakienne. Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a affirmé à New York que son pays irait « jusqu’au bout » de son opposition à la guerre, en prononçant la formule « droit de veto ». L’affaire irakienne risque de rapprocher Paris et Washington de la confrontation diplomatique alors que les deux capitales ont depuis des décennies réussi à éviter un conflit ouvert sur une crise internationale grave. Le dernier veto de la France au Conseil de sécurité remonte à décembre 1989 lors d’une résolution condamnant l’intervention américaine au Panama. Mais à l’époque, Paris, Washington et Londres s’étaient ensemble opposés à cette résolution... Il faut remonter à la crise de Suez en 1956 pour voir une opposition frontale entre l’alliance franco-britannique et Washington, opposé à cette expédition militaire. Dans l’affaire irakienne, Paris n’a pas expressément menacé de mettre son veto à un texte qui ne ferait pas l’unanimité des membres du Conseil et qui ne serait pas à ses yeux justifié. Mais alors que Washington estime que le temps est désormais « compté » pour le régime irakien, et en l’absence de preuves probantes de la part de l’Irak, la France a graduellement fait monter la pression sur Washington. Premier acte : recevant vendredi à Paris les chefs des inspecteurs en désarmement de l’Onu Hans Blix et Mohammed el-Baradei, le président Jacques Chirac avait implicitement mis en garde les États-Unis, sans les nommer, contre toute action militaire unilatérale et décidée en dehors d’un consensus au Conseil de sécurité. « Il appartient au Conseil, et à lui seul, de porter un jugement à la fois sur les rapports et sur les demandes des inspecteurs », avait dit M. Chirac. « Par conséquent, si tel ou tel pays prenait une mesure qui ne soit pas conforme à ce que je viens de dire, il se mettrait purement et simplement en contravention avec la règle internationale. C’est une position que la France ne pourrait naturellement pas soutenir », a prévenu Jacques Chirac. Sans prononcer le mot « veto », le chef de l’État réitérait que la France gardait « une totale liberté d’appréciation » sur la question. Deuxième acte : M. Chirac déclare dans une interview lundi au Figaro qu’il « poursuivra son effort » pour éviter une guerre contre l’Irak, appelant Bagdad à « une coopération plus active » avec l’Onu. Le troisième acte est confié à Dominique de Villepin, qui présidait lundi à New York une réunion ministérielle du Conseil de sécurité. C’est alors que le chef de la diplomatie française précise encore plus la position de son pays, lors d’une conférence de presse. « Vous évoquez le droit de veto. La France, comme membre permanent du Conseil de sécurité, assumera toutes ses responsabilités, fidèle aux principes qui sont les siens. » « Et je réponds une nouvelle fois à la question qui m’a été posée sur l’inconstance de la France : croyez bien qu’en matière de respect des principes, nous irons jusqu’au bout », assène-t-il avant de rappeler que Paris ne s’associera pas à une intervention « qui n’aurait pas le soutien des Nations unies ». Face à la menace grandissante de guerre – et à une semaine de la réunion cruciale du Conseil de sécurité prévue le 27 janvier –, Paris a ainsi « remis la diplomatie sur la table », souligne un diplomate français. Reste à savoir qui sortira gagnant de ce bras de fer déterminant pour l’avenir de toute la région.
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