Le premier débat télévisé hier entre le républicain George W. Bush et le démocrate Al Gore pourrait être le tournant d’une campagne électorale qui, à cinq semaines du scrutin du 7 novembre, n’a pas réussi à départager les deux candidats à la Maison-Blanche. Al Gore «a hâte d’en découdre et est très enthousiaste», a déclaré hier matin son colistier Joe Lieberman sur la chaîne de télévision ABC. «Il se sent bien, c’est une bonne occasion de s’adresser au peuple américain sur les choix qu’il doit faire», a-t-il ajouté. «Le plus important sera le message du gouverneur» du Texas, a déclaré de son côté un des principaux conseillers de George W. Bush, Karl Rove. Après des mois de duel à distance, la confrontation télévisée entre les deux prétendants à la succession de Bill Clinton apparaît d’autant plus importante que la course à la présidence est l’une des plus disputées de ces 20 dernières années. Selon un sondage Washington Post/ABC rendu public hier, Gore recueille 48 % d’intentions de vote parmi les Américains ayant l’intention de voter, contre 46 % à Bush. À en croire un autre sondage New York Times/CBS, Al Gore est le mieux préparé pour occuper la Maison-Blanche. 71 % des personnes le pensent, contre 49 % pour Bush. Sur les quelque 142 millions d’électeurs inscrits, jusqu’à 75 millions, selon les médias américains, pourraient regarder le débat, transmis en direct par les principales chaînes de télévision à l’exception de NBC. Parmi eux, environ 5 % sont encore indécis, selon les instituts de sondage. La confrontation Bush/Gore, suivie sur place par 1 500 à 2 000 journalistes, a lieu à l’Université du Massachusetts à Boston, berceau de la démocratie américaine. Elle se déroule près d’une bibliothèque portant le nom de l’ancien président démocrate John F. Kennedy, qui avait participé au premier débat télévisé de l’histoire américaine, en 1960, face au républicain Richard Nixon. Le débat doit débuter à 21h00 heure locale (mercredi 01h00 GMT) et durer 90 minutes. Ayant gagné le tirage au sort, le vice-président ouvrira la discussion en répondant en premier aux questions de l’animateur Jim Lehrer. C’est aussi la déclaration finale de M. Gore qui achèvera le face-à-face. Chaque candidat a droit à deux minutes pour répondre à une question. Une minute est ensuite offerte à son adversaire pour répliquer, et une discussion croisée peut s’engager ensuite pendant trois minutes et demie avant la question suivante. Chaque candidat arrive à Boston avec ses propres défis à relever : pour Gore, 52 ans, un habitué des débats, il s’agit de se défaire de son image technocratique d’homme de dossiers. Le gouverneur du Texas, 54 ans, moins expérimenté mais plus charismatique, va devoir, lui, asseoir sa stature présidentielle. Il comptait selon son entourage insister sur ce qui le différencie de son rival et sur «les questions de moralité». Après le débat, les deux hommes enchaîneront immédiatement sur des meetings électoraux de nuit avant de repartir, en Pennsylvanie (nord-est) pour M. Bush et dans l’Ohio (centre) pour M. Gore. Avant l’élection de novembre, les deux candidats auront à nouveau l’occasion de s’affronter lors de deux autres débats télévisés les 11 et 17 octobre en Caroline du Nord (sud) et dans le Missouri (centre). Pour le premier débat télévisé, la commission des débats présidentiels, composée de démocrates et de républicains, n’a pas autorisé la participation d’autres candidats. Celui des Verts, Ralph Nader, et celui du Parti de la réforme, Pat Buchanan, qui ont dénoncé une «prise en otage de la démocratie» américaine par les deux principaux partis, ont annoncé leur intention de manifester bruyamment leur mécontentement à Boston.
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