La droite religieuse, qui avait le vent en poupe aux États Unis dans les années 80-90, est relativement discrète dans la campagne électorale, mais elle garde une influence réelle sur la société américaine. Le Parti républicain et Ronald Reagan ont fortement profité dans le passé du soutien de ces électeurs protestants conservateurs. Mais le candidat républicain George W. Bush, rival du démocrate Al Gore, a choisi en 2000 d’arrondir les angles. Son discours modéré de «conservateur avec du cœur» est destiné à attirer le vote centriste. M. Bush délaisse donc les thèmes chers à la droite chrétienne, comme l’interdiction de l’avortement, thèmes que met cependant en avant un de ses proches, le révérend Pat Robertson, fondateur en 1989 de la «coalition chrétienne». Cette coalition diffuse actuellement un guide à l’intention de ses «70 millions de membres», leur demandant de choisir les candidats au Congrès sur certains critères : refus de l’avortement, de l’adoption homosexuelle, peine capitale pour tous les meurtriers, pas de subventions publiques à la culture, obligation d’un budget équilibré, droit à l’école libre, etc. Le pasteur baptiste Jerry Falwell avait lancé dès 1979 ce mouvement pour imposer de strictes valeurs religieuses en politique, en fondant la «majorité morale», dissout dix ans plus tard. Mais depuis plusieurs «télévangélistes» (prêcheurs à la télévision) puritains ont chuté pour écart de conduite, comme Jim Bakker et Jimmy Swaggart, qui ont reconnu publiquement le péché de chair. La droite religieuse fut mobilisée par le dirigeant républicain Newt Gingrich, qui aida à la victoire de son parti aux législatives de 1994. Mais cette forte personnalité tomba à cause de la contre-performance électorale inattendue des républicains en 1998 et parce qu’il fut lui-même convaincu d’adultère. Le scandale de la liaison entre le président Bill Clinton et Monica Lewinski avait pourtant donné des armes aux milieux religieux ultra-conservateurs pour dénoncer la «décadence morale» régnant à Washington. La droite religieuse est aujourd’hui moins unie, ses dirigeants sont moins visibles et ont adopté un ton moins militant, indique l’universitaire Richard Dreisbach. Pourtant, souligne-t-il, le poids des milieux fondamentalistes reste important aux États Unis , dont 61 % des habitants disent se rendre au culte au moins une fois par mois. «Leur influence diffuse s’affirme désormais dans une multitude d’organisations» sur des thèmes comme l’avortement et l’éducation, estime ce professeur à l’American University. Ainsi, une bataille juridique oppose dans le Kansas partisans et adversaires de l’enseignement de l’évolution des espèces de Darwin. Les évolutionnistes ont pris l’avantage, mais 45 % des habitants de cet État croient que Dieu a créé l’homme tel que le présente la Bible. La droite chrétienne est surtout formée de «protestants évangélistes» (prosélytes) et de quelques catholiques et juifs conservateurs. Elle puise dans le vivier des 30 % d’Américains qui se disent nouvellement convertis, ajoute M. Dreisbach. Les libéraux ont pu craindre que cette influence porterait atteinte à la séparation des Églises et de l’État. Cependant les Américains sont ambivalents à ce sujet : si 70 % veulent un président aux fortes convictions religieuses, ces convictions ne doivent pas s’afficher sur la place publique pour 50 % d’entre eux et le clergé ne doit pas parler politique (70 %), selon un récent sondage du centre de recherche Pew. D’après ce sondage, le Parti démocrate est désormais perçu comme un presque aussi bon défenseur de la liberté religieuse que son rival républicain.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La droite religieuse, qui avait le vent en poupe aux États Unis dans les années 80-90, est relativement discrète dans la campagne électorale, mais elle garde une influence réelle sur la société américaine. Le Parti républicain et Ronald Reagan ont fortement profité dans le passé du soutien de ces électeurs protestants conservateurs. Mais le candidat républicain George W. Bush, rival du démocrate Al Gore, a choisi en 2000 d’arrondir les angles. Son discours modéré de «conservateur avec du cœur» est destiné à attirer le vote centriste. M. Bush délaisse donc les thèmes chers à la droite chrétienne, comme l’interdiction de l’avortement, thèmes que met cependant en avant un de ses proches, le révérend Pat Robertson, fondateur en 1989 de la «coalition chrétienne». Cette coalition diffuse actuellement un...