En octobre 99, un jeune créateur belge, installé à Anvers, présentait sa collection pour l’été 2000. L’originalité et le talent de Dries van Noten franchissaient les frontières de la Belgique et mobilisaient la presse et l’attention d’un public saturé d’«étoiles montantes»... Plusieurs créations de cette collection se sont trouvées, par la suite, parmi les «best of» de la mode estivale, sélectionnées par la presse spécialisée. Les jupes en lin filées de métal, celles en satin de coton brodées de minuscules cylindres en verres, les corsages en satin nacré, les étoles à une manche, combinant veste et châle qui ont agrémenté la mode de cet été, ne sont que des trouvailles de Dries van Noten... Mais la grande performance de cette collection, véritable coup de maître, c’est qu’elle s’adresse autant aux femmes de quarante ans qu’aux très jeunes. Tout en échappant aux ébullitions habituelles, le créateur belge lançait une multitude de détails inédits qui vitalisaient l’aspect du vêtement, lui conférant une touche unique... Dries van Noten venait de créer une griffe à identité forte, au style fort et complexe... Cinq cents points de vente Aujourd’hui, le couturier anversois, peu connu il y a un an, est à la tête d’une société entièrement autofinancée, comptant cinq cents points de vente dans le monde des boutiques en nom propre en Belgique, Tokyo, Hong Kong, des salles d’exposition à Paris et à Milan... Parmi ses fanatiques: Isabelle Rossellini, Tina Turner, Tom Cruise... Car les hommes aussi ont droit à son regard. Son tout premier défilé au début des années 86, lors d’une exposition collective (le«Groupe des Six» dont il faisait partie), ne présenta que des vêtements d’homme et des chemises. Il faut dire que la présentation avait lieu à Londres, sanctuaire de la mode masculine à l’époque. Le couturier par ailleurs appartient à une famille de tailleurs. Ses arrière-grands-parents étaient «tourneurs de vestes», une spécialité balayée par le temps: ils défaisaient les vêtements usés pour les remonter à l’envers. Son grand-père a dynamisé et amplifié l’affaire en introduisant, pour la première fois à Anvers, le prêt-à-porter masculin. Son père instaura de larges espaces de vente à Anvers et dans les environs où étaient distribuées aux détaillants les collections de certaines grandes griffes (Ungaro, Ferragamo et autres). C’est donc un peu par hérédité que Dries van Noten s’est retrouvé parmi les diplômés de l’Académie royale d’Anvers, d’où sortent des étudiants dont le nom est presque internationalement connu. Son premier défilé a eu lieu à Londres où, comme on l’a signalé plus haut, il ne présenta que des chemises et des vestes masculines. Contre toute attente, les commandes se mirent à pleuvoir... Barney’s de New York, Whistles de Rome, Pauw d’Amsterdam se rangèrent parmi ses clients... Ce qui a permis au jeune créateur de lancer sa production et d’atteindre aujourd’hui le stade de croissance qui lui convient... Cheval de bataille : les écharpes L’expression proverbiale du talent de créateur de Dries van Noten est aujourd’hui les écharpes pour les deux sexes. Comble de raffinement et d’originalité, elles s’ornent, selon les modèles, de paillettes, de perles, de plumes de paon, de broderies. Il semble que certaines pièces exigent deux artisans spécialisés à plein-temps, pendant plus d’un mois... Produites, en conséquence, en nombre réduit, leur prix est obligatoirement élevé. Mais il s’agit de véritables œuvres d’art et il arrive que, pour certaines d’entre elles, les broderies soient réalisées à Calcutta, New Delhi, Bombay ou bien en Chine...
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