Le dernier soubresaut de la crise ivoirienne, avec une «tentative d’assassinat» du chef de la junte, Robert Gueï, par un groupe de soldats renforce les incertitudes militaires et politiques sur le processus de transition et de retour à un régime démocratiquement élu. Le général Gueï, au pouvoir depuis le coup d’État du 24 décembre 1999, s’est immédiatement engagé à respecter le calendrier électoral promis, qui se poursuit avec l’élection présidentielle du 22 octobre, à laquelle il est candidat déclaré. Il a également annoncé une enquête pour découvrir les commanditaires de l’attaque, tout en se refusant à désigner qui que ce soit. Mais la tension s’est récemment accrue entre le camp présidentiel et celui de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, autre candidat déclaré à la présidentielle, dont l’éligibilité est remise en cause, notamment dans l’entourage du général Gueï. Le ministre de la Communication et membre de la junte, le capitaine de frégate Henri Sama, avait été plus loin, désignant implicitement le camp de M. Ouattara comme suspect. L’attaque menée dans la nuit de dimanche à lundi a également révélé au grand jour une fracture interne parmi les «jeunes gens», auteurs de la mutinerie qui a porté au pouvoir le «général-président-candidat», comme le surnomment ses détracteurs. Selon des sources concordantes, les initiateurs de l’attaque feraient partie d’un groupe de sa garde rapprochée, baptisé «Cosa Nostra», récemment évincé car suspecté de proximité avec M. Ouattara. Mais les griefs exacts des membres de la «Cosa Nostra» restent confus. Selon des proches, ils reprocheraient au général Gueï d’avoir rompu ses engagements en se lançant dans la course à la présidence, après avoir assuré après le putsch que «le pouvoir ne l’intéressait pas». Mais des observateurs de l’armée ivoirienne n’excluaient pas non plus, sous couvert d’anonymat, une réaction «catégorielle» – éventuellement manipulée – de militaires exclus des privilèges réservés à «la mouvance qui s’occupe de la sécurité du président». «La seule chose sûre, c’est qu’il y a actuellement une chasse aux sorcières et que les autorités sont persuadées qu’il y a des commanditaires», explique l’un de ces observateurs. Les proches de M. Ouattara crient de leur côté à la manipulation, affirmant que la junte instaure une «dictature» et veut arrêter leur leader pour «éliminer un concurrent sérieux». Et ils mettent en garde contre le risque de troubles au cas où M. Ouattara serait interpellé ou si sa candidature devait être invalidée par la Cour suprême, qui doit se prononcer le 7 octobre. Le bon déroulement du processus électoral est également sous la menace de problèmes d’organisation et de financement, qui avaient déjà motivé le report de la présidentielle du 17 septembre au 22 octobre. Or, la situation financière du pays, privé d’appuis extérieurs, est toujours très précaire. D’autant que le régime militaire a récemment dû verser des «primes» de 130 000 à 250 000 francs CFA (1 300 à 2 500 FF, 200 à 380 euros) aux militaires qui avaient lancé une mutinerie début juillet. Nombre de ses adversaires soupçonnent le général Gueï d’entretenir volontairement une «stratégie de la tension» pour se maintenir au pouvoir en invoquant un article de la nouvelle Constitution qui prévoit le report des élections en cas de «troubles graves» dans le pays. «Tout, dans chacun des actes que pose ces derniers temps le chef de l’État, contribue à renforcer le sentiment que le pouvoir militaire s’attelle à créer les conditions de troubles graves», écrivait lundi (dans son édition bouclée avant l’annonce de l’attaque) Notre Voie, le quotidien du parti de Laurent Gbagbo (socialiste), candidat à la présidentielle, dont les ministres sont pourtant toujours au gouvernement de transition.
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