Maguy Farah, dame de fer aux yeux de velours, occupe depuis de nombreuses années une place privilégiée sur l’échiquier de la télévision libanaise, le premier plan du petit écran. Ses atouts ? La politique et un professionnalisme qui en ont fait la reine des talk-shows au Liban. D’abord, il y a sa voix, posée, calme. «J’ai la parole facile, je l’ai pratiquée très tôt. Toute jeune, déjà, je réunissais mes amis en petit comité et je menais le débat !», que les Libanais ont découvert à la radio, sa première grande passion, parce qu’elle parlait surtout de politique. Ensuite il y a sa présence, également posée, également calme, qu’elle impose avec douceur à une assistance, petite ou grande, en attente. Maguy Farah s’est aujourd’hui provisoirement retirée des projecteurs des studios de télévision, amère et déçue de constater que «les journalistes se sont transrformés en hommes d’affaires», mais heureuse de prendre une distance dans laquelle elle retrouve une sérénité certaine. «Je n’ai pas choisi, précise-t-elle, j’ai été choisie. Le hasard, les circonstances, la guerre, les rencontres, le public, tous ces détails additionnés m’ont menée là où je suis arrivée». Maguy, la Voix du Liban Les petits détails qui constituent sa petite histoire commencent en 1977, dans le cadre général d’une guerre qui pointe le bout de son fusil, et celui particulier d’une jeune étudiante passionnée en informations. «Durant ma première année universitaire, j’ai entamé un stage à la Voix du Liban qui se trouvait alors près de ma maison. C’était encore une petite station loin de la grande institution qu’elle deviendra plus tard». Maguy anime alors une émission sur le patrimoine libanais et ses grandes figures et lit les informations, «J’avais une bonne diction», tout en poursuivant ses études. Durant quatre ans, elle gravit à grands pas les marches du succès ; outre sa voix très vite remarquée et apprécicée, Maguy impose un style et des émissions, «une heure et demie de direct, tous les jours», qui traitent de différents sujets, le social, l’art, l’horoscope et surtout la politique. «La dernière année, la VDL m’a demandé de rédiger moi-même les informations», avant de la nommer rédactrice en chef, l’année suivante. C’est elle qui trouvera et dira, pendant plus de cinq ans, le très angoissant mais néanmoins fameux «Maktab el-tahrir fi khabaren jadid». En 1988, et dans un contexte politique particulier, elle quitte la radio et le Liban pour une année d’exil. Maguy et la télévision libanaise Fin 1989, Maguy Farah retrouve le Liban et découvre un nouveau média qui la demande et la tente, «la LBC m’avait alors proposé d’animer une émission politique, “As-safha al-oula”», un talk-show politique, «le premier du genre au Liban, et en plus, animé par une femme !», la dame de fer s’impose et occupe la «une» tous les dimanche à 20 heures trente, son rendez vous préféré qu’elle ne cédera «pour rien au monde !». 17 émissions avec un invité, face-à-face qui ne l’intimide pas, bien qu’elle avoue : «Je suis très timide», et le cache bien. Quatre mois plus tard, Maguy est sollicitée par la MTV pour «Al-haki baynetna», «la MTV n’avait pas alors de journal télévisé, ce qui rendait l’émission encore plus indispensable». Durant sept ans, avec de nouveaux invités, d’autres décors, mais un même style percutant, elle fera défiler et parler tous les visages de la politique libanaise et internationale. Les interviews qu’elle retient, «celui du président Hraoui, celui de Amine Gemayl et de Michel Aoun en direct de Paris, un défi personnel vu les circonstances. Et puis celui du président Kadhafi». Les raisons de ce succès, selon la principale concernée, «je suis perfectionniste et je n’ai peur de rien. Savoir mener le débat et puis faire une bonne introduction et une synthèse juste demeurent à mon sens les éléments les plus importants, un examen en direct qui ne supporte aucune erreur». Il y a, confie-t-elle, ceux qui ne passent qu’avec elle, «Ghassan Tuéni en est un», ceux qui refuseraient, «Hariri et Joumblatt», et ceux qui viennent et reviennent, qu’elle fait parler, taire ou sourire. Appréciée par beaucoup, critiquée par certains, elle poursuit sa bataille, qu’elle aurait préférée plus pacifiste, «J’ai beaucoup combattu alors que j’aime la paix. Je connais mes limites, mais je n’accepte pas les compromis». Elle quitte la MTV en 1999 et s’en va rejoindre la Future Television. «Notre collaboration vient de prendre fin», après sept mois de bons et loyaux services, et un incident «diplomatique», «l’émission du monseigneur Audeh qui a été charcutée sans que j’en sois prévenue». Aujourd’hui, et en attendant que «la guerre des télévisions cesse», Maguy Farah s’abandonne aux astres, son autre passion qu’elle entretient depuis 1979, date de la parution de son premier livre, «qui traitait alors des caractères astrologiques». Il y en aura un autre en 1982 puis en 1985, «et depuis 1990, j’écris chaque année un livre sur les prédictions». Ses amis les astres lui auraient même murmuré à l’oreille que cette année, la Balance, son signe, connaîtra en automne un grand chambardement vers le mieux. En attendant, elle vient de s’envoler pour Tokyo où elle est gracieusement invitée par la Japanese Foundation du ministère des Affaires étrangères. Avant de quitter ce café où Maguy Farah a su occuper le devant de la scène presque spontanément, en direct et pendant plus d’une heure, une dame l’apostrophe avec un grand sourire en lui disant : «Où êtes-vous ? Vous nous manquez...» Ce qui fit sourire les astres complices...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Maguy Farah, dame de fer aux yeux de velours, occupe depuis de nombreuses années une place privilégiée sur l’échiquier de la télévision libanaise, le premier plan du petit écran. Ses atouts ? La politique et un professionnalisme qui en ont fait la reine des talk-shows au Liban. D’abord, il y a sa voix, posée, calme. «J’ai la parole facile, je l’ai pratiquée très tôt. Toute jeune, déjà, je réunissais mes amis en petit comité et je menais le débat !», que les Libanais ont découvert à la radio, sa première grande passion, parce qu’elle parlait surtout de politique. Ensuite il y a sa présence, également posée, également calme, qu’elle impose avec douceur à une assistance, petite ou grande, en attente. Maguy Farah s’est aujourd’hui provisoirement retirée des projecteurs des studios de télévision,...