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Actualités - Chronologie

Les entrepreneurs saluent la dévaluation, la population craint ses effets

Le monde des affaires se félicite de la dévaluation du dollar zimbabwéen tout en estimant qu’elle intervient «trop tard et de manière trop limitée», tandis que la population s’attend à une dégradation de conditions de vie déjà difficiles. Le nouveau ministre zimbabwéen des Finances, Simba Makoni, très respecté dans les milieux économiques, a décidé mardi d’une dévaluation de 30 % de la monnaie nationale, qui passe d’un taux artificiellement surélevé de 38 pour un dollar américain à 50 contre 1. Les analystes considèrent que le taux officiel devrait à terme rejoindre le taux du marché parallèle (60 dollars zimbabwéens pour un USD), ce qui impliquerait une nouvelle dévaluation au cours des prochains mois. Freddy Chawasarira, directeur exécutif de ZimTrade, l’organisation nationale de promotion du commerce, a estimé que la dévaluation, réclamée depuis des mois par les entrepreneurs et les banquiers, était «bienvenue mais tardive» regrettant qu’elle ne soit pas accompagnée de mesures de contrôle de l’inflation (60 %) et d’aides aux exportateurs. Pour John Makamure, économiste de la Chambre de commerce zimbabwéenne, les deux priorités du secteur privé sont désormais la réduction des taux d’intérêt, atteignant actuellement 60 % et la reprise des pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI). En 1990, le FMI et la Banque mondiale avaient imposé au Zimbabwe un programme «d’ajustement» comprenant notamment la déréglementation des prix des produits de base qui avait provoqué en janvier 1998 des émeutes de la faim dans les zones urbaines et avaient été réprimées dans le sang par l’armée (au moins neuf morts). Le FMI a suspendu ses déboursements fin 1999, mettant en avant le déficit budgétaire, la corruption et le coût de l’engagement militaire d’Harare en République démocratique du Congo (RDC). Deux secteurs vitaux de l’économie, les producteurs de tabac (un tiers des ressources en devises du pays), qui refusaient jusqu’ici de mettre leurs récoltes sur le marché, et le tourisme ont salué la dévaluation comme «un geste destiné à restaurer la confiance». L’économiste Anthony Hawkins souligne cependant que la dévaluation «n’est pas la panacée», estimant notamment que «les occupations de terres et les violences qui y sont liées (34 morts depuis février) créent une insécurité intolérable», peu propice au développement des investissements ou du tourisme. M. Hawkins a estimé qu’en l’absence de mesures anti-inflationnistes, la dépréciation de la monnaie allait par ailleurs provoquer un cercle vicieux – hausses des prix, demandes de hausses de salaires, augmentations des coûts de production, etc. – dont «les consommateurs seront les premières victimes». Les analystes soulignent que le gouvernement a attendu les élections législatives de juin dernier pour annoncer cette mesure impopulaire auprès de la population, déjà cruellement touchée par le marasme économique que traverse le Zimbabwe depuis des mois. Tous les indicateurs de la seconde puissance économique d’Afrique australe sont dans le rouge depuis des mois : chômage à 50 %, 60 % d’inflation, 25 % de la population sous le seuil de pauvreté, pénuries de devises, de carburant, de produits de base, alourdissement de la dette. L’instabilité économique au Zimbabwe a touché toute l’Afrique australe et notamment le rand sud-africain. Désespérés par la réduction drastique de leur pouvoir d’achat, les Zimbabwéens craignent «des lendemains encore plus difficiles», dit Kanga Ncube, occupé à faire de maigres courses sur un marché de la capitale. «Nous n’en pouvons déjà plus depuis des mois mais, après les élections, les politiciens ont les mains libres pour nous achever», dit-il faisant allusion également aux hausses de carburant (jusqu’à 128 %) annoncées après le scrutin. Kanga est au chômage et doit nourrir six enfants, rien d’anormal dans le Zimbabwe d’aujourd’hui.
Le monde des affaires se félicite de la dévaluation du dollar zimbabwéen tout en estimant qu’elle intervient «trop tard et de manière trop limitée», tandis que la population s’attend à une dégradation de conditions de vie déjà difficiles. Le nouveau ministre zimbabwéen des Finances, Simba Makoni, très respecté dans les milieux économiques, a décidé mardi d’une dévaluation de 30 % de la monnaie nationale, qui passe d’un taux artificiellement surélevé de 38 pour un dollar américain à 50 contre 1. Les analystes considèrent que le taux officiel devrait à terme rejoindre le taux du marché parallèle (60 dollars zimbabwéens pour un USD), ce qui impliquerait une nouvelle dévaluation au cours des prochains mois. Freddy Chawasarira, directeur exécutif de ZimTrade, l’organisation nationale de promotion du...