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Actualités - Chronologie

"L'eau froide" d'Ahmad Dibo Voix de poète

Un petit livre à la musique à la fois douce et violente où la poésie arabe a d’étranges murmures, de singulières intonations, de séduisants échos sonores. Ciselé de main d’orfèvre, le mot, lancé comme un talisman a, ici, pouvoir d’émotion, d’évocation et d’incantation. Né en 1968 à Salmieh (Syrie) et lauréat du prix de l’Union des écrivains arabes pour son poème Hazayan al-houb wal ramad (Dérision de l’amour et de la cendre) publié en 1992, Ahmad Dibo est aujourd’hui, au cœur de cet été torride, en devanture des librairies, avec une plaquette éditée par Dar an-Nahar et qui s’intitule, comme un défi à la saison des canicules Al Maa’ al-bared (L’eau froide) – (83 pages). Mince recueil, largement mordu de blanc, aux allures faussement fragiles car le verbe, dans sa parcimonie même, y est remarquablement retentissant et incantatoire. Sous la «froideur» de cette eau savamment «gardée» (pour reprendre une formule heureuse bien chère à Breton et Sagan !) bouillonne et fulmine un volcan de sentiments à peine contenus et qui transparaissent à travers le filet de mots jetés au lecteur avec une subtile frilosité. Que peut dire à l’époque des ordinateurs (ces lanternes magiques d’un siècle fou, épris de sciences) un jeune poète porté au lyrisme et fasciné par le luisant cortège des mots ? Tout ce que la science justement ne peut dire et ce que les émotions et le cœur ne peuvent ni taire ni retenir. Tout d’abord ces images insolites, ces cadences indécises, ces associations verbales étincelantes qui hantent notre mémoire et nos esprits. Confidences (pudiques ou irrévérencieuses) et révélations (crues ou voilées) d’un être qui se dépouille de ses «démons» ou de ses «anges» et qui parle de l’amour, de la tendresse, de l’absence, du vide, de l’attente, du rapport avec autrui, du besoin de rêver, de la tyrannie des ambitions, de la servitude du désir, de la solitude, de la soif de vivre. Et le chapelet s’égrène au gré d’une inspiration vagabonde. On retient des phrases éblouissantes comme celle-ci : «On nous jette comme une forêt dans un puits»… «Le ciel est fermé comme une balle»… «Je me tais pour te montrer ta voix»… «Plus faible qu’une goutte de regret»… Écrits entre Le Caire, Salmieh, Alep et Beyrouth, ces poèmes secrets et parfois même délibérémment hermétiques, par-delà leur inspiration nomade, révèlent une formulation éthérée, un état d’esprit angoissé, teinté d’une vaporeuse mélancolie romantique dans le sillage d’un Byron à l’énoncé toutefois bien contemporain. Coulée dans une langue arabe altière, habitée d’une musicalité particulière, nimbée d’une lumière diffuse, cette poésie à l’essence insaisissable mais bien moderne et d’une évidente filiation avec celle d’Ounsi el-Hajj (d’ailleurs clairement placé en hommage dans ce recueil) a de somptueuses préoccupations où exigences de la chair et sens de l’élévation se livrent, à travers le fracas ou le chant des mots, une lutte sans merci. Sans nul doute, dans l’Olympe, cela doit s’appeler une «voix de poète».
Un petit livre à la musique à la fois douce et violente où la poésie arabe a d’étranges murmures, de singulières intonations, de séduisants échos sonores. Ciselé de main d’orfèvre, le mot, lancé comme un talisman a, ici, pouvoir d’émotion, d’évocation et d’incantation. Né en 1968 à Salmieh (Syrie) et lauréat du prix de l’Union des écrivains arabes pour son poème Hazayan al-houb wal ramad (Dérision de l’amour et de la cendre) publié en 1992, Ahmad Dibo est aujourd’hui, au cœur de cet été torride, en devanture des librairies, avec une plaquette éditée par Dar an-Nahar et qui s’intitule, comme un défi à la saison des canicules Al Maa’ al-bared (L’eau froide) – (83 pages). Mince recueil, largement mordu de blanc, aux allures faussement fragiles car le verbe, dans sa parcimonie même, y est...