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Actualités - Reportages

Violon d'ingrès .... Le Jardin d'Epicure : esprit es-tu là ?(photo)

C’est un jardin d’Éden, vaste, intemporel, un coin de paradis, une invitation à lire, regarder, toucher du regard et des doigts des textes sacrés. Ce «Jardin d’Épicure», dissimulé dans un coin – de page – d’Achrafieh est un lieu particulier où magie et esprit cohabitent et accueillent les passants venus se rassasier de beaux mots. Car il s’agit de beaux mots, alignés, gravés sur des feuillets, offerts corps et âme aux regards inquisiteurs mais discrets, aux caresses pudiques et prudentes, soucieuses de ne pas froisser ces pages trop sensibles. Défi au temps qui passe, à la poésie qui se perd, à la mémoire qui s’échappe, dans ces salles au décor sobre et silencieux, bibliothèque privée ou maison ouverte aux gourmets littéraires, les livres et les manuscrits sont des invités d’honneur qui respirent et déposent leur âme dans l’espace. C’est ici que, le temps ayant suspendu son vol un instant, se tient tous les soirs une réunion particulière où de grands esprits se retrouvent. Pas besoin d’invitation, ces locataires des pages, des étagères, des murs se sentent naturellement chez eux, attirés par la passion des mots. Magnifique duel de verbes, où les pensées s’affrontent en silence, les expressions – heureuses – s’emportent et l’emportent. Sur le grand fauteuil en cuir vieilli, l’ombre invisible de Goethe se confond avec celle de Voltaire, interrompus un moment par Socrate, et puis rejoints par Sartre. Un magnifique débat, animé par le maître de céans, l’Épicure des lieux, M. Antoine Abi-Heila, ravi d’imaginer un tel dialogue, intemporel et universel, dont il fera un jour et à son tour... un livre, heureux d’avoir planté dans son Jardin d’Épicure les graines de «ces génies humains qui ont et vont continuer à traverser le temps et les siècles». À la recherche de l’esprit perdu Le jour, l’ombre de Voltaire se repose enfin, buste immobile posé là, trône d’un grand esprit qui règne dans ce jardin intérieur. Près de lui, Caius Marius, Jean Jaurès, Berlioz, Pasteur et les autres sourient aux visiteurs venus spécialement les retrouver à travers des livres cherchés, récupérés enfin par M. Abi-Heila, grand passionné du mot «du livre, du signe, du caractère, l’expression du génie humain», et collectionneur d’ouvrages et de manuscrits, constamment à la recherche d’un temps à retrouver et préserver. «Commerçant raté !», comme il se définit lui-même, diplômé en études économiques, commerciales et géopolitiques, domicilié en France durant plus de 15 ans, il profite de ses voyages professionnels, notamment dans les pays du Sud-Est asiatique, pour fouiner, acheter des livres «anciens, rares ou épuisés», des ouvrages avec envoi d’auteur ainsi que des lettres-autographes de personnalités célèbres; «je suis ainsi sorti de la prostitution commerciale pour rentrer dans l’intemporel, je me suis extrait de cette galère du “marches ou crèves”», pour se reposer enfin dans un univers où le beau mot se dispute le mot juste. Huit mille titres sont exposés dans cet éden – il en possède autant à Paris – certains proposés à la vente, «il faut encourager les gens à offrir autre chose qu’un plateau en argent ! Le livre est un bel objet qui véhicule l’esprit humain, une manifestation de cet esprit pour celui qui offre et celui qui reçoit. Un objet qui va rester au-delà des temps», et d’autres offerts aux intéressés le temps d’une – ou plusieurs – visites, «des livres à regarder, des ouvrages de référence plus que de bibliophilie, des textes épuisés, souvent introuvables mis à la disposition des érudits». La visite des livres s’impose, comme une visite de lieux, un rendez-vous amoureux d’où se dégagent des parfums d’autres temps. La Bible en langues, éditions et années différentes, le Coran, Maupassant, La Fontaine, Colette en version originale comblent les lieux de leur talent. Des lettres, empreintes d’une histoire dont on ne connaîtra jamais l’épilogue, accrochent le regard, comme ce billet de monsieur de Chateaubriand adressé à une dame dont on ne connaîtra jamais le visage, ou encore ces partitions musicales de Graziani, Rossini et Gustave Doré. Et comme pour mieux conserver la beauté d’un passé qui laisse ses cicatrices, rides, pages froissées, abîmées par l’âge, grignotées par le temps – jaloux, possessif – M. Antoine Abi-Heila a approfondi l’art de la restauration et de la conservation, une passion devenue métier et partagée avec sa femme, «il est très important de conserver le patrimoine que nous possédons». La journée silencieuse de ces mots bavards tend à sa fin. Crépuscule des lignes derrière lesquelles se couche le soleil d’une chaude après-midi d’été et qui donne aux mots de M. Abi-Heila toutes leurs couleurs, «l’homme moderne est trop brutalisé dans le quotidien. Le plaisir spirituel est souvent occulté en Orient. Nous faisons tout pour notre corps, mais que faisons-nous pour notre esprit ?... Ici, je me construis un blindage vis-à-vis de ce phénomène, mais pas de l’homme». L’homme invité tous les jours à partager les nourritures de l’esprit dans un coin de ce jardin où fleurissent les grands monuments de la littérature, résidents permanents des pages sépias qui sentent bon le passé retrouvé.
C’est un jardin d’Éden, vaste, intemporel, un coin de paradis, une invitation à lire, regarder, toucher du regard et des doigts des textes sacrés. Ce «Jardin d’Épicure», dissimulé dans un coin – de page – d’Achrafieh est un lieu particulier où magie et esprit cohabitent et accueillent les passants venus se rassasier de beaux mots. Car il s’agit de beaux mots, alignés, gravés sur des feuillets, offerts corps et âme aux regards inquisiteurs mais discrets, aux caresses pudiques et prudentes, soucieuses de ne pas froisser ces pages trop sensibles. Défi au temps qui passe, à la poésie qui se perd, à la mémoire qui s’échappe, dans ces salles au décor sobre et silencieux, bibliothèque privée ou maison ouverte aux gourmets littéraires, les livres et les manuscrits sont des invités d’honneur qui respirent...