Des militants chrétiens aidés par la police indonésienne tentaient hier d’évacuer plusieurs milliers de villageois chrétiens réfugiés dans la jungle près d’Ambon, capitale des Moluques, selon un responsable de cette communauté. Environ 4 000 personnes auraient fui dans la jungle après l’assaut, lancé dimanche dernier, par des attaquants musulmans contre le village de Waai (35 km au nord-est d’Ambon). «Nous tentons d’évacuer par voie terrestre les villageois de Waai qui se cachent dans la jungle, dans la montagne de Salahutu», a expliqué Noya Fileopistos, membre du poste chrétien de coordination d’Ambon. Des troupes de l’unité d’élite de la police, la Brimob, «nous aident à assurer la protection des évacuations», a-t-il ajouté. Auparavant, une première opération a permis de ramener un millier de déplacés de Waai vers le village chrétien de Suli, selon cette source. Attaqué dimanche dernier, Waai a été rasé et occupé par des musulmans et des soldats de l’armée indonésienne, d’après des sources chrétiennes. Waai avait déjà été attaqué, début juillet, par des musulmans équipés d’armes automatiques et de mortiers. Il y a trois jours, des sources chrétiennes avaient indiqué que 23 villageois de Waai fuyant dans la jungle avaient été massacrés. M. Fileopistos a indiqué que plusieurs milliers d’autres chrétiens étaient réfugiés dans la jungle d’une île voisine, Seram, après l’attaque de leur village, Alang Asaude, par des musulmans aidés, selon lui, par les forces de sécurité indonésiennes. «Tout ce que nous savons, c’est que Alang Asaude est maintenant vidée et occupée par les attaquants musulmans», a-t-il dit. Plus de 4 000 personnes ont été tuées en 19 mois d’affrontements entre chrétiens et musulmans aux Moluques, immense archipel situé à 2 400 km de Djakarta. Plus d’un demi million d’habitants ont été déplacés. Le pasteur protestant Jacky Manuputty, en déplacement jeudi à Paris, a avancé que le chiffre des morts pourrait atteindre les 10 000, et celui des réfugiés chrétiens de 350 000. Les violences ont redoublé d’intensité depuis l’arrivée, fin mai-début juin, de plusieurs milliers de militants islamistes, les «Laskar Djihad» venus d’autres îles d’Indonésie pour «faire la guerre sainte» et «donner une leçon aux chrétiens». De nombreux témoignages font état de l’implication d’éléments YWîIforces de sécurité au côté des musulmans lors des affrontements. Le gouvernement indonésien a instauré l’état d’urgence et environ 12 000 membres des forces de sécurité sont désormais aux Moluques. Mais il refuse toute intervention internationale – réclamée par les chrétiens – autre qu’humanitaire. Ambon est divisée en secteurs musulman et chrétien, surveillés par des miliciens en armes. Les affrontements – tirs de snipers, parfois attaques au mortier, explosion de bombes artisanales – sont quasiment quotidiens. Depuis le début des années 90, la structure de la population des Moluques (moins de 3 millions d’habitants, où les chrétiens étaient traditionnellement majoritaires) a été bouleversée par l’arrivée, spontanée et aussi organisée et financée par le gouvernement, de colons musulmans venant d’autres îles indonésiennes.
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