Le président chinois Jiang Zemin devait quitter Pékin hier pour les Nations unies à New York où il assistera à partir de mercredi au Sommet du millénaire, avec pour objectif de faire entendre la voix de la Chine sur toutes les grandes questions internationales. Dans un discours qu’il prononcera devant quelque 160 chefs d’État et de gouvernement, il devrait réitérer ses critiques face au développement d’un bouclier antimissile américain, tout en défendant l’idée d’une réforme du Conseil de sécurité de l’Onu, a indiqué un haut responsable chinois. «Il s’agira d’une excellente opération de relations publiques», a relevé un diplomate occidental à Pékin tout en soulignant que la Chine, qui se considère l’égale des États-Unis, entend consolider ainsi son autorité sur la scène internationale. M. Jiang devrait profiter de son séjour pour avoir toute une série d’entretiens bilatéraux, y compris une rencontre avec le président américain Bill Clinton. Mais il devrait surtout utiliser la tribune de l’Onu pour inciter les États-Unis à renoncer définitivement au déploiement d’un système national de défense antimissile (NMD). La Chine s’est félicitée de la décision «rationnelle» du président Clinton de surseoir au déploiement du NMD et de laisser à son successeur de prendre une décision sur ce projet controversé. Mais elle a également émis le souhait que Washington aurait à l’avenir «plus de contacts et de discussions avec les autres pays» sur cette question. La Chine redoute, comme la Russie, que le déploiement du NMD ne relance la course aux armements dans le monde, mais estime surtout que le projet vise principalement à empêcher que la Chine ne se renforce militairement ou défie les États-Unis. «Le président Jiang relèvera que certains pays sont toujours animés par des idées héritées de la guerre froide, qu’il renforcent les alliances militaires, intensifient leur recherche et déploient des systèmes antibalistiques avancés, ce qui va sérieusement remettre en cause les efforts faits en direction du désarmement», a indiqué un responsable du ministère chinois des Affaires étrangères. Mais la Chine s’oppose encore plus vigoureusement à une version régionale du bouclier antimissile américain qui inclurait Taïwan, que Pékin considère comme une province rebelle, devant à terme être réunifiée au continent. Sur ce sujet, M. Jiang devrait recevoir le soutien de nombreux pays, en tête desquels la Russie, ce qui permettrait de «globaliser» le problème au lieu de le confiner dans la sphère bilatérale, selon David Zweig, un expert en politique étrangère de l’Université des sciences et de la technologie de Hong Kong. Mais le président chinois devrait surtout tenter de séduire les pays en développement avec son projet d’élargissement du Conseil de sécurité de l’Onu. «Un seul membre du Conseil de sécurité est un pays en développement, c’est pourquoi la priorité doit être donnée aux pays en développement», a déclaré le responsable du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d’un briefing organisé avant la visite de M. Jiang aux États-Unis. Il a également souligné la nécessité d’un équilibre géographique au sein du Conseil. Au-delà de la composition du Conseil de sécurité, la Chine devrait également insister sur la nécessité d’une nouvelle conception des questions de sécurité à l’échelon international, ainsi que sur le respect de la diversité de chaque pays, afin de «promouvoir» la question des droits de l’homme.
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