La dame était furieuse. «On voit bien que vous n’avez pas d’enfants en vacances». Je rectifiais en précisant que je n’avais pas de vacances, non plus. Mais la dame continuait sur sa lancée: «Comment voulez-vous occuper les enfants? Heureusement que nous avons la télévision. Vous ne savez pas faire autre chose que critiquer!». J’étais tout disposé à lui dresser une liste des choses que je sais faire, (à part critiquer), mais poussant son caddie, la dame s’éloigna tandis que je restais planté devant les corn flakes. Tout flasque. En plein supermarché. C’est pour vous dire que mon récent papelard intitulé «Attention, les enfants regardent» aurait dû s’intituler «Attention, les parents me lisent». Car il semble bien que l’on n’ait pas apprécié, mais pas du tout, mes commentaires sur le rôle négatif de la télévision sur les enfants. Cela m’apprendra à vouloir jouer les moralisateurs. Mes souvenirs d’enfance me renvoient à une époque où nous avions, nous aussi, des vacances, pas de télévision. Comment nous occupions-nous? Un peu de plage – il y en avait à ce moment-là tout autour de Beyrouth, un peu de bicyclette – que l’on louait à l’heure parce qu’en avoir une était un luxe, – un cinéma de temps en temps – j’adorais le Rialto car les projections y avaient lieu en plein air au bord de la mer à la tombée de la nuit; une promenade en montagne quelquefois le dimanche et des rencontres avec les copains de classe afin de peaufiner des devoirs que l’on remettait à la rentrée, ce qui pouvait nous valoir une citation au tableau d’honneur. Quel honneur! Lorsque la rentrée d’octobre arrivait, nous n’étions peut-être pas plus intelligents qu’avant, mais certainement moins abrutis.
La dame était furieuse. «On voit bien que vous n’avez pas d’enfants en vacances». Je rectifiais en précisant que je n’avais pas de vacances, non plus. Mais la dame continuait sur sa lancée: «Comment voulez-vous occuper les enfants? Heureusement que nous avons la télévision. Vous ne savez pas faire autre chose que critiquer!». J’étais tout disposé à lui dresser une liste des choses que je sais faire, (à part critiquer), mais poussant son caddie, la dame s’éloigna tandis que je restais planté devant les corn flakes. Tout flasque. En plein supermarché. C’est pour vous dire que mon récent papelard intitulé «Attention, les enfants regardent» aurait dû s’intituler «Attention, les parents me lisent». Car il semble bien que l’on n’ait pas apprécié, mais pas du tout, mes commentaires sur le rôle...
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