Le Français Rémy Bricka, parti le 24 avril de Los Angeles pour rallier Sydney à skis-flotteurs, aura vécu en milieu de la semaine dernière sa 100e journée de galère en plein océan Pacifique après avoir parcouru quelque 4 000 kilomètres en solitaire. Ce «fou de la mer» se trouve actuellement à environ 2 000 kilomètres au sud de l’île américaine de Hawaii et se rapproche de l’île Christmas où il «pense arriver en septembre pour faire les réparations nécessaires (safran cassé, bouts des skis abîmés...) et ravitailler», selon son PC-course basé à Strasbourg. Le périple entrepris par ce quinquagénaire originaire d’Alsace représente quelque 14 000 kilomètres – la distance entre Los Angeles et Sydney – qui doit durer de neuf à dix mois. Chaussé de skis-flotteurs de plus de quatre mètres de long, afin de se déplacer, il s’aide d’une pagaie de plus de trois mètres et d’un cerf-volant, pour profiter de la force du vent. Pour la logistique, Rémy Bricka tire une nacelle de survie insubmersible, contenant vivres, matériel nécessaire à la traversée et des batteries solaires, qui servent notamment à alimenter le «dessalinisateur» d’eau, puisqu’il ne dispose d’aucune réserve d’eau douce. La semaine dernière, il a battu son record personnel de jours passés en mer – trois mois –, un record établi en 1988 quand il avait traversé l’Atlantique sans eau (il dessalait l’eau à l’aide d’un «dessalinisateur») ni vivres (il se nourrissait de plancton). Sa nacelle lui sert également de refuge quand la mer est trop grosse. Depuis le début du mois de juillet, le navigateur a ainsi essuyé un cyclone et plusieurs tempêtes. Depuis son départ, Rémy Bricka, qui se dit mi-homme mi-animal, a perdu une quinzaine de kilos. Il se nourrit d’aliments lyophilisés et parfois de poissons volants, quand il parvient à les attraper. Sur le plan physique, pas de problème majeur, si ce n’est une cheville enflée en raison des quatorze heures passées quotidiennement debout sur ses skis. Mais il tient bon, même s’il ne dort que 4 à 5 heures chaque nuit. «Il a le moral, quand nous parvenons à le joindre sur son téléphone satellitaire, il semble toujours aussi déterminé, précise-t-on à Strasbourg. Il nous raconte des anecdotes. La dernière ? Il a expliqué comment il a pu repriser un tee-shirt avec du fil de fer, ne pouvant atteindre son nécessaire de couture en raison de creux de 5 à 6 mètres». Le navigateur solitaire progresse, mais pas toujours aussi rapidement qu’il le souhaiterait : «Je trouve assez injuste d’être constamment dépassé par des tortues vertes», ironisait-il lors d’une conversation avec le PC-course qui assure que l’aventurier «est décidé à mettre le turbo».
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