En proclamant dimanche bienheureux les papes Jean XXIII et Pie IX, ainsi que les religieux français Guillaume Chaminade, irlandais Columba Marmion et italien Tommaso Reggio, Jean-Paul II aura béatifié 990 «serviteurs de Dieu» en près de 22 ans de pontificat. Avec la célébration de 120 cérémonies, à Rome ou hors d’Italie, le pape aura fait mieux à lui seul que ses 33 prédécesseurs depuis 1594, année de la fondation de la Congrégation pour les causes des saints, connue dans les milieux vaticanistes comme la «fabrique des saints». En quatre siècles, ces papes n’ont en effet réussi à intégrer que 808 bienheureux dans le calendrier universel de l’Église catholique qui en offre 1 797 au total à la vénération des fidèles. Le nombre des saints canonisés depuis 1594 s’élève à 592, dont exactement la moitié (296) par Jean-Paul II. Avant 1594, les bienheureux et les saints étaient proclamés par la «vox populi» (par acclamation populaire) ou en raison d’un culte «immemorabili» (établi en des temps immémoriaux). Le résultat n’était pas toujours très «scientifique», même aux yeux de l’Eglise, au point que, sous le pontificat de Paul VI, un véritable ménage dans les calendriers a été décidé. Sainte Philomène a ainsi été gommée comme n’ayant jamais existé par les responsables de l’opération «clarté-sainteté». Saint Georges avec son dragon, dont l’existence reste suspecte, n’a survécu à la vague d’épuration que parce qu’il est le saint protecteur de la Grande-Bretagne. Il a été cependant déclassé au rang du calendrier local. Presque 2 000 procès en béatification et en canonisation sont actuellement ouverts à la «fabrique des saints», dont la cause du pape Pie XII, ouverte en même temps que celle de Jean XXIII mais qui a pris du retard, selon le postulateur (avocat), à cause de la durée du pontificat du pape Eugenio Pacelli (1939-1958), très contesté par les milieux juifs pour son rôle ambigu pendant la Seconde Guerre mondiale. La réforme du code du droit canon, en 1983, a facilité le processus qui mène à la sainteté. Trois étapes balisent aujourd’hui le chemin y aboutissant : confirmation des «vertus héroïques» du candidat, béatification et enfin canonisation. Un miracle certifié est nécessaire pour devenir bienheureux et un autre pour devenir saint, sauf dans le cas de martyre. C’est généralement l’évêque du diocèse auquel appartient le «candidat» qui donne le coup d’envoi au procès en béatification, mais au minimum cinq ans après la mort dudit candidat. Une enquête est alors menée, des témoignages recueillis. Faisant une exception à la règle des cinq ans, Jean-Paul II a autorisé récemment l’ouverture d’un procès en béatification à Calcutta de Mère Teresa, la prix Nobel de la paix morte en septembre 1997. Une fois la cause introduite, l’enquête doit prouver que le candidat pratiquait sa foi de manière «héroïque». Pour certifier la validité des miracles, la Congrégation pour les causes des saints s’est entourée d’une équipe de 70 médecins et experts. Ils doivent constater que la guérison est instantanée, totale et inexplicable.
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