«Cet endroit est ma vie, ma maison, mon lieu de travail et mon garde-manger», explique Mishek, frêle garçonnet de 10 ans, dans un vaste champ d’ordures à la périphérie de Mbare, l’une des banlieues les plus pauvres de Harare. L’activité quotidienne de ce petit Zimbabwéen consiste à plonger dans les immondices, baignant dans une puanteur humide, à la recherche de nourriture ou d’objets à revendre ou à recycler. «Ici, les gens sont pauvres, il n’y a pas grand-chose», reconnaît-il, montrant son maigre butin de l’après-midi, une demi-tomate, un fond de boîte de conserve, de vieux bouts de pain et des morceaux de ferraille et de pneus. Chaque dimanche, Mishek et sa sœur Rusape, 7 ans, quittent l’assemblage de planches qui leur sert de logis sur les bords de la décharge, pour se rendre au grand marché de Mbare, le Musika. Parmi le bourdonnement des bus du terminal voisin et les cris des vendeurs, ils tentent de revendre ferraille et pneus pour quelques dollars zimbabwéens. «La ferraille part vite», explique le petit garçon sur un ton de spécialiste. «Les artisans peuvent toujours en faire quelque chose». Sous l’ex-Rhodésie de la minorité blanche, lorsque Harare s’appelait encore Salisbury, Mbare portait le nom de Harare Township. Depuis l’indépendance, il y a vingt ans, Mbare est resté le quartier le plus pauvre de la capitale, surpeuplé, sale et miné par la criminalité. Mishek s’est installé sur le champ d’ordures lorsque sa mère, qui l’élevait seule, est morte du sida, il y a deux ans. «Personne ne nous a pris en charge», explique-t-il. «La famille n’avait pas les moyens, les travailleurs sociaux ont trop d’enfants à aider et pas d’argent», dit-il. Cahutes sans toit Le Zimbabwe traverse une crise économique sans précédent depuis deux ans, marquée par un taux de pauvreté de plus de 25 %, 50 % de chômage et 60 % d’inflation. L’État, dont les caisses sont vides, n’est plus en mesure d’assurer le fonctionnement des services sociaux de première urgence : hôpitaux, aide aux sans-abris dont les rangs sont gonflés chaque jour par de nouveaux arrivants des campagnes, aide aux malades du sida et aux orphelins... La situation est particulièrement critique dans les quartiers déjà frappés par la pauvreté comme Mbare. Dunmore Makuvaza, le nouveau député du quartier, élu sur la liste du principal parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), connaît bien la situation. Il est né et a passé toute sa vie de syndicaliste à Mbare. «Le quartier est dangereusement surpeuplé, une maison est entourée par 10 cahutes de bois menaçant de s’écrouler. Beaucoup n’ont même pas de toit et vivent dans des conditions sanitaires potentiellement désastreuses», dit le député. «Nous savons qu’un nombre croissant d’enfants ne vont pas à l’école, se prostituent ou effectuent des travaux dégradants en raison de la crise économique et du sida», qui a fait déjà un million d’orphelins sur une population totale de 12 millions de Zimbabwéens, ajoute-il. «Nous le savons, dit-il, mais que faire sans argent ?». Jim Fangai, de l’organisation d’aide aux sans-abris Streets’ Ahead, explique que les associations humanitaires et sociales sont «dépassées par les évènements» devant l’augmentation d’enfants des rues au cours des deux dernières années dans la capitale. «Nous sommes incapables de les recenser car nous en découvrons de nouveaux chaque jour», dit-il. Sur la décharge, Mishek «forme» sa jeune sœur à son futur métier : ramasseuse d’ordures. «C’est mieux que prostituée», dit-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Cet endroit est ma vie, ma maison, mon lieu de travail et mon garde-manger», explique Mishek, frêle garçonnet de 10 ans, dans un vaste champ d’ordures à la périphérie de Mbare, l’une des banlieues les plus pauvres de Harare. L’activité quotidienne de ce petit Zimbabwéen consiste à plonger dans les immondices, baignant dans une puanteur humide, à la recherche de nourriture ou d’objets à revendre ou à recycler. «Ici, les gens sont pauvres, il n’y a pas grand-chose», reconnaît-il, montrant son maigre butin de l’après-midi, une demi-tomate, un fond de boîte de conserve, de vieux bouts de pain et des morceaux de ferraille et de pneus. Chaque dimanche, Mishek et sa sœur Rusape, 7 ans, quittent l’assemblage de planches qui leur sert de logis sur les bords de la décharge, pour se rendre au grand marché de...