La politique d’éradication de la drogue dans les pays andins d’Amérique du Sud, succès notoire au Pérou et en Bolivie, se caractérise par un échec total en Colombie et explique l’appui considérable de Washington à Bogota dans cette lutte. La visite éclair aujourd’hui à Carthagène du président américain scellera le démarrage officiel du Plan Colombie de lutte antistupéfiants, avec une aide américaine de 1,319 milliard de dollars à Bogota, aux deux tiers militaire. La production de cocaïne en 1995 avait atteint 460 tonnes au Pérou, 240 en Bolivie et 230 en Colombie. L’an dernier, la récolte colombienne a elle seule aura été de 520 tonnes, soit plus du double de la péruvienne (175 tonnes) et de la bolivienne (70) réunies, selon les chiffres des autorités américaines. Les plantations de coca ont été réduites de 66 % et de 55 % au cours des cinq dernières années au Pérou et en Bolivie, alors qu’elles sont passées de 50 900 à 122 500 ha en Colombie. La lutte antidrogue menée par Lima et La Paz s’est caractérisée par une forte répression contre les trafiquants, un arrachage systématique des plantations et une politique de reconversion des paysans concernés vers d’autres cultures, mais pas toujours avec le succès escompté. Ce combat contre les barons locaux de la drogue n’aura fait en réalité que déplacer le fléau vers le nord, en Colombie. Malgré l’action de la police dans ce pays et le démantèlement des cartels de Medellin et de Cali en 1993 et 1995, les narcotrafiquants ont essaimé dans l’ensemble du pays, notamment dans le département de Putumayo (sud), où près de 20 000 ha de coca sont cultivés. Les fumigations de la coca avec des herbicides depuis des hélicoptères ou des avions, devenues systématiques en Colombie, ont été compensées par la mise en place immédiate de nouvelles plantations ailleurs. Les déversements de défoliants sont d’autre part de plus en plus critiqués dans le pays en raison des menaces pour l’environnement. Les nouveaux réseaux de trafiquants se sont installés dans des zones difficiles d’accès, entre les chaînes andines, et profitent de la protection contre paiement, selon les autorités colombiennes, de la guérilla et des paramilitaires. Le pavot y est également cultivé, pour une production annuelle de 6 tonnes d’héroïne. La guerre civile, avec un bilan de plus de 120 000 morts depuis 1964, oppose l’armée, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), l’Armée de libération nationale (ELN, extrême gauche), et les Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême droite). Selon l’armée, les guérillas et les paramilitaires tirent plus de 70 % de leurs revenus du trafic de la drogue. Quant à la reprise depuis 1999 des extraditions de narcotrafiquants colombiens de drogue vers les États-Unis – trois au total –, elle n’a en rien diminué le rythme de la production de cocaïne. Depuis le début de 2000, 22 tonnes de cocaïne ont ainsi été saisies sur le seul territoire colombien. Un «centre d’apprentissage» a même été mis en place près de Pereira (ouest) pour les «mules», ces passeurs de drogue qui avalent des capsules de drogue pour passer les frontières, selon un récent rapport de la police secrète.
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