Parpaing après parpaing, les anciens combattants occupant des terrains d’une société privée à Kambuzuma, dans la banlieue sud de Harare, ont commencé à reconstruire leurs habitations illégales détruites par la police en début de semaine. Auparavant, une dizaine d’entre eux s’activaient à reconstruire les murs de deux maisons, abattus à coups de masse par la police le 22 août. «Nous avons encore les matériaux, c’est juste une perte de temps», dit l’un d’eux sans vouloir se nommer. Benjamin Sitiya, chef local des anciens combattants, n’a pas de mots assez durs pour condamner l’action des quelque 500 policiers qui ont abattu et brûlé une centaines d’habitations érigées par les occupants de ces terrains appartenant à la société productrice de tabac Rothman International. «C’était un véritable assaut, comme si une guerre devait être menée contre nous, comme si nous étions les ennemis», dit-il. «Même les racistes rhodésiens blancs ne nous attaquaient pas aussi vicieusement pendant la guerre de libération» (1972-79), ajoute-t-il. Mercredi dernier, après des manifestations de colère des anciens combattants, qui occupent quelque 1 600 fermes de Blancs depuis février, le pouvoir zimbabwéen s’est «excusé» pour les destructions effectuées par la police sur sept sites occupés de la capitale, promettant des indemnisations aux «victimes». Selon Sitiya, quelque 400 personnes ont tout perdu et sont sans abri à la suite de l’intervention de la police. Les promesses gouvernementales ne calment pas sa colère. «C’est ridicule, dit-il. Le gouvernement ne sait pas ce qu’il veut, il donne l’ordre à la police et ensuite paie les réparations. Où est la logique ?». Le président Robert «Mugabe commence à nous trouver embarrassants», ironise un autre ancien combattant occupé à la reconstruction d’un mur. «Il ne sait plus comment se défaire de nous». Le terrain d’une centaine d’hectares, voisin de la township de Kambuzuma, à 5 km au sud de Harare, avait été divisé en quelque 2 500 lots de 2 500 à 500 mètres carrés dans le cadre de ce que les anciens combattants appellent un «plan de logement». Les bénéficiaires de ces lopins dénoncent notamment l’inaction en matière de logement de la municipalité de Harare, avec laquelle ils sont en conflit ouvert. La crise du logement est aiguë depuis plusieurs années à Harare, avec notamment un manque d’habitations peu chères car la municipalité est confrontée à un exode croissant de villageois pauvres vers les banlieues de la capitale (+70 000 par an). «Si le gouvernement n’est pas capable d’offrir des logements décents aux plus pauvres, nous sommes bien obligés de trouver des solutions par nous-mêmes», dit Geoffrey Kaduma, dont la maison a été détruite mardi. «C’est peut-être illégal mais cela doit l’être aussi de laisser des milliers de gens s’entasser les uns sur les autres», dit-il. Les anciens combattants ont motivé de nombreux Zimbabwéens démunis en leur promettant des terres et un toit en retour de leur participation aux occupations de fermes. Leur chef, Chenjerai Hitler Hunzvi, a appelé ses troupes à rester dans les fermes jusqu’à ce qu’ils obtiennent des terres. Un ordre que les vétérans de Kambuzuma sont prêts à exécuter. «La police peut toujours revenir, dit Kaduma, elle ne nous fera pas partir d’une terre qui nous revient de droit».
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