L’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, privé de son immunité parlementaire, a été salué comme un «patriote intègre et courageux» par les chefs des forces armées accourus à son domicile de Santiago dès l’annonce mardi de la décision de la Cour suprême. Le commandant en chef de l’armée de terre chilienne, le général Ricardo Izurieta, a été le premier à assurer l’ex-dictateur Augusto Pinochet du soutien de l’institution militaire. «Nous lui avons fait part de tout notre appui et de notre solidarité dans ce moment difficile pour lui», a déclaré le général Izurieta à la presse, après avoir rendu visite à l’ex-dictateur dans sa résidence du quartier résidentiel de La Dehesa, à l’est de Santiago. «Le général Pinochet, comme commandant en chef (de l’armée de 1973 à mars 1998) et comme président de la République, a accompli de nombreux et importants efforts au bénéfice de la patrie», a ajouté Izurieta, qui a succédé à Pinochet au commandement en chef de l’armée de terre, principale force militaire au Chili. «Le procès de l’histoire reste à faire (...). Et quand il aura lieu, il n’y a pas le moindre doute que le général Pinochet recevra la place d’honneur qu’il mérite», a affirmé Izurieta. «Nous avons tenu à venir lui exprimer notre affection et notre admiration sans limite», a déclaré pour sa part le commandant en chef de la marine, l’amiral Jorge Arancibia. Le général Pinochet «est un homme courageux qui a réagi avec stoïcisme» à sa situation, a ajouté l’amiral, qui était accompagné d’une délégation d’officiers des forces navales. Izurieta et Arancibia se sont toutefois refusés à commenter l’arrêt de la Cour suprême qui a voté par 14 voix contre 6 la levée de l’immunité parlementaire de Pinochet, qui fait l’objet de 157 plaintes pour les crimes commis pendant son régime (1973-1990), qui a fait 3 000 morts et disparus. Les commandants de la force aérienne, le général Patricio Rios, et de la police militarisée des carabiniers, le général Manuel Ugarte, ont également rendu visite à leur ancien chef, mais n’ont émis aucune déclaration. «Il ne nous revient pas de nous prononcer sur le verdict. Le maximum que nous puissions faire est de mettre en garde sur ses effets», a déclaré l’amiral Arancibia. Le général Izurieta a pour sa part évoqué le climat de confrontation qu’a connu le Chili pendant et après la dictature, soutenue par les forces armées et les partis de droite. «L’armée s’est efforcée d’aller dans le sens de l’entente et de la réconciliation de la société chilienne. Nous pensons que cela sera atteint quand il y aura la confiance et le climat nécessaire», a-t-il ajouté. «Le commandant en chef et l’institution (militaire) vont continuer à travailler pour remplir nos engagements afin de chercher une solution aux problèmes du passé, ce qui est un engagement pour tout le pays, et pas seulement de l’armée de terre et des forces armées», a affirmé Izurieta. Arancibia et Izurieta ont estimé que l’affaire Pinochet pourrait faire obstacle aux objectifs de la «table de dialogue» civico-militaire mise en place par le gouvernement pour dégager un accord permettant de rechercher les corps de plus d’un millier de prisonniers politiques disparus pendant la dictature. Cet accord a été formalisé sous forme de loi accordant notamment l’anonymat aux personnes rapportant des informations permettant de connaître le sort qui a été réservé aux victimes du régime militaire.
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