Attentat commis par un Daghestanais, accident lors de l’essai d’un nouveau type de torpilles, présence d’un Chinois à bord... les informations et les scénarios les plus variés, y compris les plus insensés, ont été avancés après la catastrophe du Koursk. La thèse officielle, provisoire et imprécise, privilégie le scénario d’une collision le 12 août avec un sous-marin étranger, probablement britannique, qui endommage gravement le Koursk et le fait couler. Une deuxième forte explosion, quand le Koursk touche le fond en mer de Barents, scelle le sort du sous-marin, entraînant dans la mort les 118 membres d’équipage. Les imprécisions et variations apportées au fil des jours par les responsables militaires ont favorisé le développement d’autres thèses pour expliquer la tragédie. Un porte-parole des islamistes tchétchènes, Movladi Oudougov, a assuré que le sous-marin avait été saboté par un membre de l’équipage, un Daghestanais acquis à la cause tchétchène, Sirajoudine Ramazanov. Affirmation apparemment de pure propagande (ce nom ne figure pas sur la liste de l’équipage du Koursk), mais dont la faible crédibilité pourrait être renforcée après l’annonce de l’arrivée mercredi, sur les lieux du drame, du directeur du FSB (services secrets, ex-KGB) Nikolaï Patrouchev. Une autre thèse, développée par des militaires et par l’ancien vice-président Alexandre Routskoï, attribue l’accident à l’explosion d’un nouveau type de torpille que le Koursk devait tester au cours des manœuvres de la Flotte du Nord. Selon Alexandre Routskoï, deux ingénieurs civils se trouvaient à bord du Koursk pour suivre cet essai. Le quotidien Komsomolskaïa Pravda, qui a été le premier à diffuser la liste des 118 membres d’équipage du Koursk obtenue en toute illégalité, a affirmé mardi qu’il y avait en fait 130 personnes à bord du sous-marin, dont plusieurs officiers de haut rang et quelques civils. Parmi eux, un officier chinois venu assister aux manœuvres dans le cadre des échanges entre les deux pays, selon une information diffusée sur un forum de discussion hébergé par un site Internet chinois. Autre hypothèse, le Koursk aurait été victime d’un tir de missile provenant d’un autre bâtiment russe au cours des manœuvres. Un accident de ce genre s’était déjà produit dans les années 80 pendant des manœuvres de la Flotte du Pacifique, quand un missile tiré par un navire russe avait touché un bateau «ami», faisant plusieurs morts, rappelait hier le quotidien Izvestia. L’équipage du Koursk a peut-être aussi été victime d’économies réalisées par le commandement de la Flotte qui a fait remplacer récemment les torpilles du sous-marin par un nouveau modèle, de fabrication moins onéreuse mais d’utilisation beaucoup plus dangereuse. Cette thèse a été reprise par la Krasnaïa Zvezda (l’Étoile rouge), organe du ministère de la Défense, ce qui lui donne un certain poids. Autres possibilités, avancées par les uns et réfutées par les autres, la collision avec une mine datant de la Seconde Guerre mondiale (une dizaine de mines de ce genre ont été découvertes dans la zone ces dernières années) ou avec un cargo russe à la coque aussi résistante que celle des brise-glaces. «Dans la mesure où les informations fiables sur les causes de la catastrophe font actuellement défaut, il est impossible pour le moment de rejeter quelque hypothèse que ce soit, y compris celle qui paraît être la plus fantastique», concluaient hier les Izvestia.
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