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Actualités - Chronologie

Vient de paraître L'islamisme, une révolution avortée, d'Antoine Basbous

Antoine Basbous, ancien journaliste, auteur de plusieurs ouvrages politiques et aujourd’hui responsable à la tête de l’Observatoire des pays arabes, basé à Paris, vient de publier chez Hachette L’islamisme, une révolution avortée. Le livre est préfacé par André Fontaine, ancien directeur du quotidien français Le Monde. Nous publions ci-dessous une fiche de lecture de l’ouvrage signée par l’universitaire Jean-Pierre Perrier. Après l’inquiétude, voire la panique, le temps est-il venu du soulagement face à l’islamisme ? Un livre récent de Gilles Kepel annonçait la mort de l’islamisme ; celui d’Antoine Basbous, plus modeste, pose la question de son échec ; l’islamisme serait une révolution qui, comme la plupart, aurait échoué, ou presque. Avec la prudence du praticien qu’il est aujourd’hui, à la tête de l’Observatoire des pays arabes, Antoine Basbous se garde d’entrer dans le piège d’une définition trop précise de l’islamisme ; il accepte, dans une note de bas de page, les deux acceptions courantes de l’islamiste : musulman qui identifie sa recherche personnelle du royaume de Dieu à la conquête du pouvoir politique, et musulman qui pratique autant les armes que la prière. Avec la sagesse de l’universitaire, docteur d’État en sciences politiques de l’Université de Paris, il conserve en main tous les fils des différentes formes, des réalités multiples de l’islamisme. Ceci lui permet d’étudier sans timidité l’islamisme «officiel», le wahhabisme séoudien, l’islamisme vraiment révolutionnaire de l’Iran, l’islamisme honteux de l’Algérie et l’islamisme ambigu de l’Égypte. Dès l’abord, il pose la question dérangeante et inévitable, celle des liens d’amour/haine entre les États-Unis et les islamismes (1) : les Américains semblent jouer un jeu dangereux, et qu’ils maîtrisent mal, avec différents groupes de «fous de Dieu». En Afghanistan, directement et surtout indirectement, via le Pakistan, ils soutiennent les taliban qui, pourtant, s’affirment leurs adversaires. Au départ, tous les moyens, même l’islamisme, paraissaient bons pour lutter contre l’Armée rouge. Par la suite, les Américains ont été incapables de faire machine arrière, tenus par leurs engagements, par leur alliance stratégique avec le Pakistan et par l’intérêt stratégique aussi du pays des taliban, voie de passage idéale pour le pétrole et le gaz d’Asie centrale vers le Pakistan (aspect que le choix d’Antoine Basbous, plus centré sur les hommes et leur comportement, néglige un peu), par leur crédibilité à l’égard des royaumes de la péninsule arabique. Ceci rappelle leur «inattention» stupéfiante face à Khomeyni, obsédés qu’ils étaient alors par l’éventuel succès du Toudeh communisant. Passant à l’étude des principaux islamismes, l’auteur commence, logiquement, par ce qu’il appelle «le Vatican wahhabite» ; on sera réservé sur cette image, assez peu significative, car on voit mal la Curie romaine expédier chèques et armes aux tueurs du monde entier, fussent-ils des Siciliens baptisés et confirmés. L’Arabie séoudite, donc, est l’image la plus nette du comportement «bizarre» des Américains. Leur grand allié est le principal dispensateur d’aide spirituelle et matérielle à ces ennemis numéro un du genre américain. La trentaine de pages consacrée à l’Arabie vaudrait, à elle seule, la lecture du livre. Mais la suite n’est pas d’un intérêt moindre. Sur l’Iran, Antoine Basbous rejoint, avec des arguments plus sérieux, l’optimisme officiel et souvent irrationnel des Occidentaux, toujours à la recherche du signe de modernisme et de modération qui rassurerait leurs entrepreneurs et satisferait leur attente d’un monde pacifié. On peut, cependant, n’être pas entièrement convaincu : l’État de droit, au sens actuel, fait référence au droit moderne, donc laïc, donc d’origine chrétienne-occidentale, peut-il s’instaurer et effacer définitivement vingt ans d’islamisme réactionnaire au nom de la «revolution» ? Antoine Basbous le croit, et sa demonstration est serrée. Tout aussi percutant est le chapitre consacré à l’Algérie : «La faillite de l’islamisme» ferait pendant à «l’échec de la démocratie». Toutes les analyses font mouche, notamment sur les causes de la montée de l’islamisme : la corruption du pouvoir, le problème du logement, celui du chômage, etc. La présentation des émirs de la mort est également remarquable. Sur un seul point, on sera réservé : la démocratie n’a pas échoué. Elle n’a jamais été vraiment envisagée par le pouvoir FLN, ni par l’armée ni par le général-président Zéroual, dont le rôle a été vraiment secondaire. L’est-elle aujourd’hui ? Le président Bouteflika fait l’objet d’une cruelle «vivisection». son passé est présenté sans l’habituelle timidité, sa place difficile face à l’armée évoquée sans fioriture. Contre elle, il ne peut rien faire, sans elle, pas grand-chose. Son gouvernement, si laborieusement formé, c’est «le gouvernement de l’armée»... et celui de la corruption, plus que celui «du peuple par le peuple». Les islamismes peuvent profiter de sa faiblesse profonde, d’autant qu’ils ont, parfois, partie liée avec le pouvoir civil ou son tuteur militaire. Le pouvoir égyptien est-il islamiste ? Bien sûr, Antoine Basbous ne pose pas cette question inutilement provocante ; il y répond, cependant, en démontrant les collusions avec les islamistes, jamais démenties depuis Nasser et les bénéfices qu’eux savent retirer de la corruption fondamentale et des difficultés économiques. L’impunité des massacreurs de Coptes est bien connue et, sur ce point, l’accord entre islamistes et forces de sécurité (sic) est à peu près complet. Alors, l’islamisme est-il condamné à seulement tuer et échouer politiquement et économiquement ? Plus généralement à, l’islam est-il incapable d’être moderne, du point de vue politique ? Ou, de manière moins théorique, l’islam peut-il vivre sans ses pulsions islamistes ? L’exemple de la Malaisie, présenté par l’auteur, n’est que partiellement convaincant, la récente condamnation de l’ancien chef de gouvernement A. Mahathir montre la résistance de l’islam politique, qu’il se dise ou non moderne, à l’État de droit. En outre, les «dragons» d’Asie du Sud-Est ne sont pas arabes, et leur développement spectaculaire tient beaucoup aux minorités chinoises, non musulmanes. Plutôt que de lutter de front contre l’islamisme et de tenter de s’en débarrasser, les chefs des États où il sévit savent «faire avec» : ils s’en protègent physiquement, mieux que ne le fit Sadate, ils en limitent l’influence interne et espèrent ainsi le conduire dans une impasse. Mais ils risquent, alors, de susciter ou de renforcer d’autres «Al Kaïda» comme celle d’Oussama ben Laden. Dieu seul connaît l’avenir, donc celui de l’islamisme (ou des islamismes, le pluriel nous paraissant décidément plus satisfaisant). Mais les lecteurs de ce très bon livre d’Antoine Basbous en connaîtront le présent avec précision. (1) Alexandre del Valle, Islamisme et États-Unis : une alliance contre l’Europe. L’Âge d’homme 1997, 2e édition 1999. Et Guerres contre l’Europe. Bosnie, Kosovo, Tchétchénie...Édition des Syrtes, 2000.
Antoine Basbous, ancien journaliste, auteur de plusieurs ouvrages politiques et aujourd’hui responsable à la tête de l’Observatoire des pays arabes, basé à Paris, vient de publier chez Hachette L’islamisme, une révolution avortée. Le livre est préfacé par André Fontaine, ancien directeur du quotidien français Le Monde. Nous publions ci-dessous une fiche de lecture de l’ouvrage signée par l’universitaire Jean-Pierre Perrier. Après l’inquiétude, voire la panique, le temps est-il venu du soulagement face à l’islamisme ? Un livre récent de Gilles Kepel annonçait la mort de l’islamisme ; celui d’Antoine Basbous, plus modeste, pose la question de son échec ; l’islamisme serait une révolution qui, comme la plupart, aurait échoué, ou presque. Avec la prudence du praticien qu’il est aujourd’hui, à la...