Il ne boit pas, ne fume pas ; il chante. Le beau José Fernandez et ses 24 printemps brûlants sous le soleil d’Andalousie et d’ailleurs fait fondre au son de sa chaude voix un parterre de jeunes femmes qui le suivent depuis deux ans. Chemise rouge, toujours, ouverte sur un buste halé, (juste ce qu’il faut) longs cheveux (savamment) indisciplinés, éparpillés sur la nuque et mèche noire dans un regard ténébreux, impatiente virgule qu’il rejette d’un geste lent de la main. Il a tout d’un séducteur, ce troubadour qui possède un grand «corazòn». Khossé Fernanndeth, c’est ainsi que se prononce, que se chante – avec le sourire enchanté – le nom de ce gitan échappé de son Espagne natale pour Marseille où il grandit en fredonnant ses premières années – José donc – vécut dans l’ambiance et l’atmosphère gitane de sa grande famille de musiciens pour qui le seul vrai langage devait passer, en toute circonstance, par le cœur et la musique. Un air de fête qui éclaboussait de sa gaieté tous les moments, même les plus pénibles. Sur les genoux rythmés de son père guitariste, percussionniste, bassiste et chanteur, José fait ses premiers pas dans la vie – musicale – et apprend les premières lettres d’un alphabet – musical –, l’expression la plus pure d’un cœur léger. Il se produit la première fois sur scène à l’âge de… quatre ans, à Malaga, avant de s’atteler sérieusement à la guitare. À six ans, il sait déjà en chatouiller les cordes et en rit… Son enseignement se fera en écoutant les autres puis en chantant, en dansant et en célébrant la vie. Chez les Fernandez, deux frères, une sœur «et peut-être 53 demi-frères et soeurs !», précise-t-il en éclatant de son rire d’enfant, on mène l’existence heureuse des parfaits gitans, «une vie en musique, au jour le jour, sans se faire trop de souci». Pas d’école, donc, mais des cafés chantants où l’apprentissage des enfants, tous naturellement artistes, se fait durant de longues nuits multicolores, «on aurait pu faire les Fernandez Five !», ils ne le feront pas, préférant s’enivrer de liberté et mener des carrières en solo. José participe à de nombreux festivals, en France et en Espagne, remporte le concours de flamenco d’Andalousie et continue de hanter les cafés qui repennent encore les airs de ses prédécesseurs, ses maîtres. Il se promène, de café en café, de ville en ville, cigale heureuse, grand voyageur devant l’instantané, l’immédiat, le provisoire, avec pour seul bagage une guitare sans âge et un doigté parfait. Il les déposera par hasard dans un pays qu’il connaît si peu. Libano. « Ou ça passe ou ça casse » Repéré par le gitan libanais Michel Eleftériadès, José s’embarque avec lui pour une nouvelle aventure, au grand désespoir de sa pauvre mère qui ne connaît du Liban que sa tristement fameuse guerre et jette l’ancre de sa roulotte imaginaire dans son café chantant libanais. Il fera la clôture du Festival de Byblos, sa première apparition publique en dehors des quatre murs de la nuit, murmurant quelques mots en arabe qu’il comprend à peine. «C’est après que j’ai découvert l’arabe» et Wadih el-Safi. «Non, je ne suis pas l’enfant naturel de Wadih ! Mais mon père l’écoutait depuis longtemps». Un étrange duo se forme au Festival de Byblos, l’an passé, duo que tout sépare et tout réunit, «une tête de ministre et un gitan aux cheveux longs, deux styles, mais une même flamme qui se consume en chantant». La drôle d’alchimie passe, le public bisse le spectacle, les deux compères se reproduisent en novembre au Casino du Liban. «C’était un rêve, plus qu’un privilège, un honneur. Je m’étais dit : Ou ça passe ou ça casse». La suite, on la connaît. Un CD du spectacle, un concert à l’Unesco avec des classiques du répertoire arabe «à la sauce flamenco» et des tournées dans tous les pays du Proche-Orient. Lorsqu’on lui demande s’il est heureux au Liban, José répond : «Ah oui ! Oui, oui ! Les femmes sont les plus belles du monde», et ajoute : «Je le dis dans tous mes interviews !». Sur scène, dont il possède le flair et l’intelligence, il mène le bal à coup d’improvisations qui devancent le désir d’un public enivré par les parfums de l’Espagne et les rythmes latins. José ponctue son répertoire de «Ya mamma», d’airs orientaux, de danses de bras, coups de pieds, jeux de hanches, sourires, regards en coin et autres armes de séduction très pacifiques. El lorsque l’aube pointe, empruntant au rouge de sa chemise un peu de chaleur, les femmes épuisées d’avoir dansé toute la nuit se transforment en cigales pour lui dire une dernière fois : «Pauvre diable que vous êtes ! Et nous, misérables, nous les femmeees…»
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