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Actualités - Opinion

Baalbeck Le prestigieux ensemble al-Kindi les 18 et 19 août

L’un des meilleurs ensembles de musique classique arabe est l’invité, cette semaine, du Festival de Baalbeck. Cette heureuse initiative fera connaître au public du Festival les grands musiciens de l’ensemble al-Kindi. À la base de l’orchestre al-Kindi il y a le célèbre Sabri Moudallal : celui-ci, né à Alep en 1918, fut d’abord choriste dans diverses formations locales puis un soliste distingué. Il fonda son propre orchestre dans la ville d’Alep où il fallait se rendre pendant plusieurs années si on voulait l’entendre, ou se rendre parfois à Damas pour l’écouter. Puis il y eut une rencontre fatidique de Julien Weiss avec le groupe de musiciens de musique sacrée groupés autour de Moudallal : depuis, le répertoire de la musique arabe dite classique sera de plus en plus connu dans le monde occidental, comme à Paris, par exemple, où nous avons pu l’écouter rue de Lapp, au Monday Morning ou à l’Institut du monde arabe... La première visite de Moudallal à Paris fut pour le Festival d’automne de 1975 où il se produisit avec un groupe de muezzins alépins : ce fut un succès mémorable. Il était probablement inévitable que Julien Weiss liât son destin à celui de la musique sacrée musulmane. Weiss naît à Paris en 1953 de parents suisse et alsacien. Il donne un premier concert de guitare au Maroc, à 16 ans, avec des mélodies afro-cubaines. Puis sa vie artistique accomplit une véritable révolution quand il rencontre Mounir Bachir, le célèbre joueur de oud irakien (qui vint souvent à Beyrouth) : Weiss adopte le oud tout en le transformant par une adaptation d’un système de clapets qui lui permettent de raffiner au maximum des possibilités de ton qui lui permettront, à leur tour, de suivre les règles des maqams irakien, maghrébin, syrien, égyptien... Cependant, c’est dans le qânûm ou cythare sur table à cordes pincées que cet unique musicien venu de l’Occident a su se faire remarquer. Plongé dans la civilisation arabo-musulmane, Weiss se convertit à l’islam et prend le prénom de Jalal Eddine ; il s’installe (somptueusement) dans une demeure mamelouke d’Alep et prend en main les meilleurs musiciens d’Alep et de Damas ; il fonde ainsi avec eux l’ensemble de musique instrumentale et de chants al-Kindi (du nom du philosophe du IXe siècle qui fut le fondateur de la théorie scientifique de la musique arabo-musulmane), groupe qui désormais multiplie ses tournées dans le monde arabe et à l’étranger. En 1992, Julien Jalal Eddine Weiss présente avec le cheikh Hamza Chakour et son ensemble un répertoire à Palerme, en Sicile, et le public fait fête à ce monde musical de l’Orient arabe qui lui rappelle le passé arabe de la grande île italienne. Les trois grands chanteurs du groupe al-Kindi viennent de la tradition soufie : nous avons vu que Sabri Moudallal était lui-même un muezzin à Alep et un maître de cette musique religieuse islamique qui non seulement a ses règles de la psalmodie du Coran, mais également un répertoire, d’une richesse inouïe, de chants religieux, soit à la gloire du Prophète, soit accompagnant les grandes fêtes religieuses, et cela du Maroc à la Chine. Les deux autres sont, eux aussi, des familiers de la tradition soufie : cheikh Hamza Chakour est né à Damas d’un père lui-même muezzin à la grande mosquée des Omeyyades. Cheikh Chakour se place dans la filière de la tarika d’Abd al-Ghani al-Nâbulsi, grand soufi damascène qui, au XVIIe siècle, fit introduire l’usage d’instruments de musique dans les récitations religieuses. Il est chef de la chorale des munshiddin à la grande mosquée des omeyyades de Damas. Le troisième (et plus jeune) chanteur sort lui aussi des milieux religieux d’Alep où son père, le cheikh Mohammed Sarmini, conduisait le zikr, cette prière particulière à l’islam où les récitants du nom Allah se lancent dans la remémoration de ce nom sacré jusqu’à l’épuisement. Omar Sarmini est aujourd’hui considéré en Syrie comme l’une des valeurs sûres de la tradition musiciale classique du monde arabe. La tradition musicale qui va être entendue à Baalbeck a régné et règne encore non seulement dans le Machreq, mais aussi en Afrique du Nord où les Muashât connaissent une véritable renaissance au Maroc et surtout en Tunisie. Cette école de musique qui a fleuri dans l’Espagne arabe et a initié les troubadours du Moyen Âge est l’essence même de ce «tarab», où extase particulière à la musique, qui est l’effet pratiquement mystique recherché non seulement par la musique, mais aussi par la poésie et tous les arts classiques du monde musulman. Tout ce monde va être bientôt évoqué à Baalbeck et répercuté certainement dans les esprits et les cœurs de son auditoire.
L’un des meilleurs ensembles de musique classique arabe est l’invité, cette semaine, du Festival de Baalbeck. Cette heureuse initiative fera connaître au public du Festival les grands musiciens de l’ensemble al-Kindi. À la base de l’orchestre al-Kindi il y a le célèbre Sabri Moudallal : celui-ci, né à Alep en 1918, fut d’abord choriste dans diverses formations locales puis un soliste distingué. Il fonda son propre orchestre dans la ville d’Alep où il fallait se rendre pendant plusieurs années si on voulait l’entendre, ou se rendre parfois à Damas pour l’écouter. Puis il y eut une rencontre fatidique de Julien Weiss avec le groupe de musiciens de musique sacrée groupés autour de Moudallal : depuis, le répertoire de la musique arabe dite classique sera de plus en plus connu dans le monde occidental, comme à...