Avec l’opération «Bouclier du désert» (août 1990-janvier 1991), les États-Unis ont réussi à assembler face à Saddam Hussein la plus formidable coalition diplomatique et militaire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Au plus fort de la «crise du Koweït», l’alliance contre l’Irak comptera une cinquantaine de pays, dont 38 ont participé au déploiement militaire en envoyant dans le Golfe quelque 200 000 soldats, plus de 60 bâtiments de guerre, 750 avions de combat et 1 200 chars. Les contributions financières des Alliés se sont élevées à 54 milliards de dollars, dont les deux tiers pour les États du Golfe et un tiers pour l’Allemagne et le Japon. Plusieurs raisons expliquent cette remarquable convergence d’intérêts mais la plus simple est sans doute un consensus politique et un constat commun. L’invasion du Koweït «fut un acte de pure agression, considéré comme inacceptable par la communauté internationale», explique Anthony Cordesman, professeur de relations internationales à l’Université de Georgetown, à Washington. Dès les premières heures de l’invasion, les Européens, Grande-Bretagne et France en tête, et d’autres grandes puissances industrialisées se rangent à la position américaine, estimant que l’agression irakienne ne peut «être tolérée». Le monde arabe est plus divisé. Le «lion de Damas» Hafez el-Assad, ennemi juré du président irakien, les États du Golfe, l’Égypte et l’Iran rejoignent la coalition. Mais la Jordanie, avec son énorme population palestinienne, l’OLP de Yasser Arafat et le Yémen penchent du côté de l’Irak. Pour Anthony Cordesman, deux facteurs ont contribué à souder une coalition si hétéroclite : «Tout d’abord, les États du Golfe n’ont pas accepté que l’Irak émerge comme une puissance hégémonique régionale. Ensuite, la mainmise de Saddam Hussein sur le marché pétrolier mondial a fait peur». Mais surtout, souligne-t-il, cette crise «est survenue à un moment unique dans l’histoire où, avec la fin de la Guerre froide, la coopération était devenue possible». Comme le rappelle le secrétaire d’État de l’époque James Baker, dans ses mémoires, les États-Unis ont mis l’accent, dans la gestion des premières heures de la crise, sur deux points essentiels : primo, l’Onu devait être l’instrument à privilégier pour assembler la coalition ; secundo, le soutien de l’Union soviétique, vieil allié de l’Irak, était un «préalable à une coalition crédible». «Le mur de Berlin venait de tomber et il est clair qu’avec le rapprochement avec les États-Unis, l’Union soviétique n’était plus en position de soutenir ses anciens alliés», précise Harlan Ullman, expert au Centre d’études internationales et stratégiques (CSIS). Dès le début de la crise, George Bush mènera d’intenses consultations avec ses alliés, s’emploiera à convaincre Moscou de condamner l’invasion et l’Arabie séoudite d’accepter le déploiement immédiat de 200 000 soldats américains. Le président américain évoquera aussi les leçons des «années 30», comparant Saddam Hussein à Hitler et affirmant qu’il cherche secrètement à se doter d’armes de destruction massive. Une diabolisation qui fera mouche.
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